L'humoriste Jean-Michel Anctil et la vie financière: un survol en 10 vignettes.

Publié le 8 févr. 2016
Marc Tison LA PRESSE

EFFETS PERSONNELS

Comme tout bon humoriste, Jean-Michel Anctil a le sens de la répartie et l'art de ménager ses effets.

Il ménage d'ailleurs ses effets depuis son plus jeune âge.

« C'est une préoccupation que j'ai toujours eue et que j'ai encore. Je ne dépense pas ce que je n'ai pas. Je ne suis pas... »

Il cherche l'expression juste. Quand on parle d'argent - sujet tabou s'il en est un - , mieux vaut peser ses mots.

« Je suis prévoyant. Voilà. C'est mieux que grippe-sou. » Rire.

LE CÈDRE QUI RÉUSSIT

Les humoristes ne parlent pas d'argent. Surtout pas le leur. « C'est un thème qui est très tabou, au Québec. Quand tu fais de l'argent, tu es mieux de ne pas le dire. »

« C'est un peu le complexe de la haie de cèdres. Il ne faut pas que tu dépasses trop, sinon on va couper la tête. Il faut que ce soit égal partout. »

On hait le cèdre qui réussit, en quelque sorte.

« Quand tu fais de l'argent, tu es mieux d'en faire à l'étranger. Wow, il a réussi ailleurs ! »

- Jean-Michel Anctil

« Et pourtant, c'est un gage de succès et on devrait en être fier. »

COMPTES EN BANQUE

Ses finances ont été un souci dès le début de sa carrière de porteur de journaux.

« Depuis que j'ai commencé à travailler comme camelot, ç'a toujours été une préoccupation. Quand j'ai ouvert mon compte en banque, la première fois que j'ai fait un dépôt, je me suis dit : "Il ne faut pas que mon compte descende en bas de 50 $." Ensuite, quand j'ai travaillé au McDonald's, je me disais : "Si je m'achète quelque chose, je ne peux pas vider mon compte au complet." »

A-t-il conservé cette rigoureuse discipline ?

« Je ne veux pas baisser en bas des 100 piastres. » Blague.

DETTES

Il a étudié très sérieusement à l'École de l'humour en 1992. « Je partais de Québec. Je restais chez une de mes tantes qui m'hébergeait et me nourrissait gratuitement. Je lui en suis encore reconnaissant. »

Cette dette du coeur lui a évité de s'endetter. Heureusement, car ses débuts n'ont pas été faciles. « Quand j'ai commencé le métier, je n'en vivais pas, j'en survivais. J'étais capable de payer mes comptes, et ça arrêtait là. Le revenu principal était plus le revenu de ma conjointe que le mien. »

UN BEAU PROGRAMME

Avant l'École de l'humour, Jean-Michel Anctil a suivi une formation universitaire de programmeur-analyste. Il souffre encore de quelques séquelles. « Je suis assez organisé. Je suis à mon affaire, aussi. Je surveille l'argent qui est placé. C'est moi qui fais la comptabilité de mes dépenses chaque mois. »

Il n'a plus besoin de tenir un budget. « Mais je vérifie chaque mois, quand je vois qu'on a dépensé un peu plus là, il faut faire attention. »

TUYAUX

« Je suis prévoyant encore aujourd'hui. Pour les enfants, j'investis dans les régimes d'épargne-études. J'investis dans mes REER. »

Il en fait un suivi épisodique.

« Quand ça vient à terme, est-ce qu'on investit ailleurs ? Je regarde aussi autour de moi. Il y a des gens qui investissent dans l'immobilier. Chez moi, ce n'est pas une force. »

Un ami a acheté des immeubles qu'il a rénovés.

« Mais moi, avoir un téléphone pour me faire dire : "Ça coule !", non, je ne suis pas prêt à ça. »

On le comprend : pour le plaisir d'inviter Jean-Michel Anctil chez soi pour une réparation, certains seraient sans doute prêts à percer quelques tuyaux.

LE PIF ANTIFRAUDE

« Je pense que j'ai un bon pif au niveau, excusez le terme, des crosseurs. J'ai eu quelques appels de gens qui se disaient des amis, et qui disaient : "Regarde, j'ai une bonne façon d'investir." Je pense que mon côté conservateur m'a protégé de bien des fraudes. »

D'autres n'ont pas eu ce flair. « Un gars avec qui je jouais au hockey avait dit : "On va faire ci, ça va rapporter tant." Je me disais : "Non, ça ne se peut pas, c'est trop gros." J'ai refusé. Quelques mois plus tard, les gens ont perdu l'argent qu'ils avaient investi. »

LA BOURSE COMME LE CASINO

Cet investisseur prudent joue quelquefois au casino - très rarement, assure-t-il. « Je pars avec 100 $, mais dans ma tête, il est perdu. Les gains que j'ai faits avec mon 100 $, je les encaisse, jusqu'à ce que j'aie dépensé mon 100 $. Après ça, c'est fini. »

Il applique la même stratégie à ses placements. « Si je place 10 000 $, ça fluctue et, à un moment donné, ça rapporte 1000 $ : j'encaisse les 1000 $, je place les 10 000 $ ailleurs. »

Le principe est de bien dormir la nuit. « Et de ne pas regarder ça tous les jours. C'est ce que dit ma comptable. »

BOMBARDIER EN PIQUÉ

Des mauvaises surprises ? « J'avais acheté Bombardier très haut, et ça a baissé en bas de 3 ou 4 $. Ça, ça a fait mal, mais je me suis dit : "Je le laisse là, et on verra, peut-être qu'un jour ça va remonter. Quand je vais récupérer l'argent que j'ai investi, je vendrai." »

Ce qui n'est pas encore arrivé.

« Oh no ! »

Au milieu de la semaine, l'action de Bombardier faisait du rase-motte à 0,91 $.

SON MEILLEUR PLACEMENT

Il est toujours avec la même conjointe, celle qui l'a soutenu à ses débuts. « Oui, ça fait 25 ans, bientôt 26 ans. Je suis conservateur. Je suis avec ma conjointe depuis longtemps. C'est un bon placement. »

Elle est psychothérapeute. « Ça aussi, ça aide. »