Il y a deux certitudes dans la vie, dit-on: les impôts et la mort. L'industrie funéraire semble donc promise à un bel et durable avenir.

Mis à jour le 16 oct. 2012
Marc Tison LA PRESSE

Pourtant, tout n'est pas rose dans l'univers mortuaire.

Premier problème: la population vieillissante est en meilleure santé que prévu. «Toutes les courbes de mortalité montraient une croissance très rapide à partir de 2010 et toutes les courbes sont fausses», déplore (façon de parler) Alain Dumont, président du fabricant de cercueils Fournitures funéraires Victoriaville.

Cette croissance de la mortalité est reportée à 2015. «Ça fait un vacuum dans l'industrie, qui va entraîner beaucoup de changements dans le domaine du cercueil au cours des prochaines années.»

Second phénomène, les rituels funéraires sont en profonde mutation. «Les gens en escamotent une partie en optant pour la crémation directe, et il est certain que ça a un impact sur l'industrie», indique-t-il.

La crémation directe consiste à incinérer le corps sans embaumement, sans exposition... et sans cercueil. Tendance ennuyeuse pour un fabricant de cercueils.

Lorsque le corps est tout de même exposé avant la crémation, les cercueils sont généralement plus sobres et moins coûteux que les cercueils traditionnels.

Pour compliquer encore les choses, le marché américain est depuis quelques années la cible de concurrents asiatiques et mexicains, dont les coûts de main-d'oeuvre sont moindres.

Une entreprise agile

Fournitures funéraires Victoriaville a toutefois l'avantage de la souplesse.

L'entreprise, qui avait d'abord été lente à répondre aux besoins spécifiques de la crémation, met les bouchées doubles depuis quelques années pour offrir une gamme plus complète de cercueils à cette fin.

Sa facilité à modifier sa chaîne de production lui permet de desservir des clientèles particulières - les communautés juive ou sikhe, par exemple. Ainsi, la tradition juive exige des cercueils faits entièrement de bois.

«Nous sommes probablement le manufacturier le plus apte à leur donner satisfaction, assure M. Dumont. Nous avons une production excessivement flexible. Les Américains, eux, préfèrent faire le même produit à répétition.»

Les nouvelles tendances écologiques s'étendent aussi aux cercueils. Les cercueils de sa gamme écologique contiennent moins de matériaux, comportent peu de pièces métalliques, reçoivent un traitement de finition à base d'eau ou d'huile végétale.

«Notre pain et notre beurre demeurent le cercueil», affirme-t-il, mais l'entreprise a dû s'adapter et répondre aux nouveaux besoins.

«Maintenant, on est aussi fabricant et distributeur de fournitures funéraires», dit-il. Les urnes et contenants funéraires, les plaques de bronze, les cartes funéraires - ces petits signets portant le portrait de la personne morte - se sont ajoutés à sa gamme.

Alain Dumont représente la troisième génération de Dumont dans l'entreprise. La quatrième est encore aux études et se prépare à prendre la relève. «Il faut lui léguer une entreprise en santé.»

Mais comment innover pour s'adapter à un marché en profonde mutation... et en même temps très conservateur?

UN PEU D'HISTOIRE

Malgré les bouleversements de son secteur d'activité, Fournitures funéraires Victoriaville est très loin d'être à l'article de la mort. Elle a été nommée en 2010 au rang des entreprises les mieux gérées au Canada.

La famille Dumont s'est impliquée dans l'entreprise dès la création de Cercueils Victoriaville, en 1948. Au fil des ans, une série d'acquisitions en Ontario et au Québec ont élargi la gamme de l'entreprise.

En 2012, Fournitures funéraires Victoriaville compte encore 415 employés, après avoir appliqué les meilleures mesures de rationalisation, d'amélioration de la qualité et de productivité à la japonaise. La fabrication des cercueils de bois est à présent concentrée à Victoriaville, avec des centres de distribution ou d'assemblage dans la région de Montréal et en Ontario.