Cette année, Esterline CMC Électronique aura économisé plusieurs millions de dollars en se basant sur la méthode Six Sigma.

Didier Bert, collaboration spéciale LA PRESSE

La méthode Six Sigma est une approche statistique visant à uniformiser la qualité des produits. Dans cette logique, la variation est considérée comme l'ennemie de la valeur. Six Sigma inclut cinq étapes connues sous l'acronyme DMAAC: Définir la qualité attendue par le client, Mesurer les données, Analyser les statistiques, Améliorer en éliminant les causes de la variation, Contrôler les résultats de l'amélioration.

Les projets d'amélioration apportent des gains de productivité de l'ordre de 10 à 20%, affirme Olivier de Brouwer, le directeur de l'assurance de la qualité et de l'amélioration continue chez Esterline CMC Électronique, connue précédemment sous le nom de Compagnie Marconi Canada.

Cette filiale du groupe américain Esterline est spécialisée dans la fabrication de systèmes électroniques destinés à l'aéronautique.

Dans l'entreprise basée à Saint-Laurent, l'amélioration utilise le langage financier. «On a choisi l'approche des purs et durs de Six Sigma: on mesure tout en dollars», précise M. de Brouwer, qui résume ainsi l'utilisation de Six Sigma dans son entreprise: «Nous nous efforçons de gérer par les faits et d'y associer des dollars.»

En pratique, chaque projet doit rapporter un gain net en moins d'un an.

Appliqué partout

Six Sigma est appliqué à tous les départements de l'entreprise. Ainsi, son application au développement de logiciels a donné lieu à d'importantes économies de temps et d'argent.

Avant, le logiciel était testé à la toute fin du processus, obligeant parfois à revenir en arrière pour corriger les problèmes. Le processus est désormais fractionné en petits morceaux.

Au lieu de développer le logiciel d'un seul tenant, les programmeurs réalisent plusieurs petits développements, qui sont testés chacun de leur côté.

L'entreprise utilise Six Sigma depuis 1999. L'implantation s'est déroulée «sans grandes douleurs», mais pas sans accrocs, affirme M. de Brouwer.

«Dans la formation initiale, le facteur humain avait été peu intégré. On a vu arriver des gens avec de belles idées, mais mal acceptées», précise M. de Brouwer, qui insiste sur l'importance de se doter d'une stratégie de gestion du changement.

Mesurer le succès

Pour chaque projet, une équipe de quatre à six personnes est formée, provenant de différents services.

«Ils doivent savoir ce qu'on attend d'eux. D'ailleurs, pour mesurer le succès, il faut savoir ce qu'on veut améliorer et de combien», souligne M. de Brouwer.

«Les projets qui échouent sont ceux qui partent de mauvaises hypothèses ou qui n'étaient pas réalistes», dit-il.

Les équipiers s'assoient ensemble et s'interrogent sur le projet. Pourquoi le produit coûte tel prix? Pourquoi cela coûte-t-il cher? Que peut-on faire?

L'équipe est amenée à travailler sur des dessins, remettre en question le choix des technologies et des fournisseurs.

L'industrie aéronautique est friande du Six Sigma. «Je ne connais pas d'entreprises qui ne le font pas ou ne l'ont pas fait», observe M. de Brouwer, en poste depuis 10 ans.

L'ÉTS METTRA SIX SIGMA À LA PORTÉE DES PME

L'École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, en partenariat avec le cabinet de consultant Service Conseil MindCore, s'apprête à démocratiser l'approche Six Sigma. Un groupe de travail de l'ÉTS prépare une application Excel qui reprend les principes de Six Sigma dans une version allégée. Ce tableur proposera des outils graphiques simplifiés, mais «satisfaisant 99% des besoins des entreprises», indique Michel Rioux, le responsable de la section logistique. L'application devrait être commercialisée d'ici l'automne 2012.