Dans un sondage réalisé en 2015 par l'Institut Mallet, plus du tiers des Québécois ont dit manquer de confiance envers les organismes philanthropiques. Comment peut-on renverser la vapeur ?

Mis à jour le 15 nov. 2016
Emilie Laperrière LA PRESSE

Pas moins de 36 % des répondants sondés par l'Institut Mallet ont cité le manque de confiance comme frein à donner. Un chiffre qui surprend Nicole Beaulieu, présidente de l'Association des professionnels en philanthropie - section du Québec (AFP). « Je trouve ça triste. On s'assure pourtant à l'AFP que les gens qui oeuvrent en philanthropie sont éthiques, responsables et qu'ils sont des leaders dans leur communauté », dit-elle.

Même son de cloche du côté de Jacinthe Roy. La directrice générale de l'Association des professionnels en gestion philanthropique a d'ailleurs demandé à l'Institut Mallet des précisions sur cette statistique.

« On ne sait pas en quoi les Québécois manquent de confiance. Ça peut être lié à la gouvernance, à la qualité des services ou à la gestion financière. »

- Jacinthe Roy

Elle préfère les résultats du sondage pancanadien de la Fondation Muttart, qui ont relevé en 2013 que, pour tous les secteurs confondus, ce sont les oeuvres de bienfaisance et les petites entreprises qui recueillent le plus la confiance du public. Et c'est au Québec que le taux de satisfaction est le plus élevé.

MISER SUR LA TRANSPARENCE

Peu importe les chiffres, les intervenants s'entendent pour dire qu'il faut améliorer la confiance des Québécois envers les organismes philanthropiques. La clé pour y arriver, selon nos experts ? La transparence.

« Tout va passer par là, estime Jacinthe Roy. L'Agence du revenu du Canada (ARC) est un peu le chien de garde dans notre domaine. Tous les organismes de bienfaisance enregistrés qui collectent des dons et remettent des reçus ont une reddition de comptes à faire. Les donateurs peuvent donc passer par le site web de l'ARC pour en apprendre davantage sur l'organisation à laquelle ils veulent contribuer. »

« Les associations professionnelles proposent des codes d'éthique qui, malheureusement, ne font pas force de loi. Elles devront éventuellement faire des représentations au gouvernement pour que les organismes soient obligés de divulguer de façon transparente leurs états financiers et leur rapport qualité-prix pour que les donateurs soient éclairés », ajoute le président de la firme Épisode, Daniel Asselin, qui rappelle que les dérapages font mal à l'ensemble du milieu.

Les rôles des directeurs généraux et des membres du conseil d'administration devraient être également plus clairs, selon lui.

MIEUX COMMUNIQUER

La transparence ne réglera toutefois pas tout. « Il faut aussi mieux communiquer l'impact de nos campagnes de financement sur la communauté, expliquer la valeur ajoutée des services qu'on offre », croit Jacinthe Roy.

Une autre bonne idée pour les organismes : faire connaître leur vision, leurs états financiers, leur planification stratégique et leur rapport annuel de façon à ce qu'ils soient facilement accessibles et, surtout, compris par tous.

Comme professionnelle, Nicole Beaulieu estime également qu'il faut s'assurer que les donateurs comprennent bien à quoi sert l'argent recueilli et où vont les dons.

BIEN FORMER LES PROFESSIONNELS

Pour renforcer la confiance du public, l'AFP mise sur la formation de ses membres. « On offre des programmes d'éducation tout au long de l'année. On a aussi développé une collaboration avec l'Université de Montréal, qui offre un programme pour que les gens en philanthropie soient des professionnels engagés et responsables », dit sa présidente, qui veut également concevoir un programme de mentorat.

En 2017, Nicole Beaulieu compte s'attaquer à la traduction en français de la certification internationale CFRE. « Pour l'instant, seulement de 30 à 40 de nos membres l'ont. On a encore beaucoup de travail à faire pour que l'ensemble de la population reconnaisse la valeur de cette certification qui démontre l'expertise des professionnels en philanthropie. J'espère qu'un jour le titre sera aussi reconnu que le MBA, par exemple. » Peut-être qu'ainsi la confiance des Québécois aura augmenté au prochain sondage.