La remontée du prix de l'or pourrait venir à la rescousse de l'industrie minière québécoise, frappée depuis cinq ans par un ralentissement marqué de ses activités.

Mis à jour le 21 nov. 2016
Yvon Laprade LA PRESSE

C'est du moins ce qu'espèrent les principaux acteurs de l'industrie, qui observent une embellie du côté de l'Abitibi-Témiscamingue, où l'on retrouve une importante concentration de gisements aurifères.

« Nous avons la chance d'avoir plusieurs mines d'or en exploitation actuellement dans le nord du Québec, constate Josée Méthot, PDG de l'Association minière du Québec. C'est sans compter les nombreux projets en recherche de financement, en développement, à l'étape de la mise en valeur, en processus d'autorisation environnementale. »

ACCÉLÉRER LA PRODUCTION

Sur le terrain, le géologue Réjean Girard, de la firme IOS Services géoscientifiques, constate lui aussi une « reprise » dans le secteur aurifère.

« C'est récent, précise-t-il. On comprend que ce regain d'intérêt est attribuable, en grande partie, à la poussée du prix de l'or, une valeur refuge quand les investisseurs sont inquiets, comme ça semble être le cas avec l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. »

« Chose certaine, cela profite à quelques grosses minières de l'Abitibi-Témiscamingue, qui sont très bien financées et qui peuvent ainsi accélérer la production », observe-t-il.

1208,70 $ 

Un peu plus d'une semaine après l'élection américaine, l'once d'or a clôturé à 1208,70 $US l'once vendredi. Ce qui est encore loin des sommets atteints il y a plus de cinq ans, alors que les prix avaient franchi allègrement la barre des 1800 $US.

TIRER AVANTAGE DU CONTEXTE

Un fait demeure cependant : les compagnies minières québécoises évoluent toujours dans un contexte économique incertain, mais espèrent avoir atteint le fond du baril.

« Nous tournons encore au ralenti, concède Valérie Fillion, directrice générale de l'Association de l'exploration minière du Québec. En même temps, on sent une légère amélioration du climat. »

« Des compagnies d'exploration ont recommencé à accorder des contrats de forage. Des analystes et des courtiers s'intéressent davantage à notre secteur d'activité », précise-t-elle.

Mme Filion s'inquiète toutefois du nombre insuffisant de projets d'exploration sur la planche à dessin des sociétés minières. Elle parle d'une « longue glissade ». En cinq ans, les montants consacrés aux travaux exploratoires sont passés de 834 millions en 2011 à 219 millions en 2016.

« Il faut compter 20 ans entre le moment où on fait de l'exploration et le moment où la mine entre en production. Il y a 20 ans, ce délai était deux fois moins long. Aujourd'hui, il faut tenir compte des autorisations environnementales et des communautés locales. »  - Valérie Fillion, directrice générale de l'Association de l'exploration minière du Québec

SIMPLIFIER LES PROCESSUS

Ce « manque de projets nouveaux » préoccupe également la PDG de l'Association minière du Québec. « C'est plutôt maigre », soumet Josée Méthot.

Elle explique cette forme d'anémie par l'absence de « conditions facilitantes » pouvant permettre au Québec d'être « plus compétitif ».

« Nous perdons du terrain sur ce plan et il faut s'en inquiéter, avertit-elle. Nous ne sommes plus au premier rang mondial [en 2007-2008] quand vient le moment, pour les investisseurs, d'envisager un projet au Québec. Nous sommes passés au huitième rang. »

Les compagnies minières, selon son appréciation, déplorent la « lourdeur administrative » entourant le processus d'autorisations environnementales de leurs projets.

« Nous ne sommes pas contre l'environnement, se défend-elle. Mais il y aurait lieu de simplifier les choses. On nous demande de faire deux études d'impact, au provincial et au fédéral. Ces dédoublements sont coûteux. »

En dépit de ses critiques, qui portent entre autres sur le nouveau régime fiscal québécois et ses redevances, la représentante de l'industrie affirme « travailler » avec le gouvernement pour trouver des solutions.

« Tout ce qu'on souhaite, insiste-t-elle, c'est que tout soit clarifié pour qu'on puisse profiter du prochain boom minier, qui va venir, c'est certain. »

EN CHIFFRES

45 000 : nombre d'emplois directs, indirects et induits

1,7 milliard de dollars : salaires versés pour la production minière

3800 : nombre de fournisseurs

3 milliards : investissements miniers (principalement en Abitibi, dans le Nord-du-Québec, sur la Côte-Nord)

Source : AMQ-2014