Lancé en 2014, le projet Héritage mené par HEC Montréal s'apprête à lancer une plateforme en ligne permettant d'évaluer et de faire partager les connaissances des travailleurs de l'aérospatiale québécoise. La question est d'importance dans cette industrie où trois travailleurs sur dix prendront leur retraite dans la prochaine décennie.

Mis à jour le 19 févr. 2016
Didier Bert LA PRESSE

UN ENJEU CONSIDÉRABLE

« Les connaissances sont la matière première dans toutes les organisations, mais elles ne sont pas ce qu'on gère le mieux », avance Laurent Simon, codirecteur de Mosaic, plateforme de HEC Montréal spécialisée dans la recherche-transfert sur le management de la création dans la société de l'innovation.

Inquiets de voir les départs à la retraite entraîner des pertes de connaissances majeures pour le secteur aérospatial québécois, Aéro Montréal et Bombardier Aéronautique avaient confié à Mosaic le mandat de dresser l'inventaire des pratiques de transfert, ainsi que la mise au point d'un outil facilitant ce transfert de connaissances.

Des étudiants de HEC Montréal sont ainsi partis à la rencontre des entreprises de la grappe aérospatiale québécoise, afin de cartographier les meilleures pratiques de préservation de ces savoirs critiques.

Par la suite, Mosaic a dressé une grille d'analyse afin d'établir les enjeux du partage des connaissances tant sur le plan de l'individu que sur le plan d'une équipe et d'un service de l'entreprise. Un menu de solutions peut alors être proposé pour orienter les pratiques de transfert de connaissances. Concrètement, « un employé, un expert ou un gestionnaire peut évaluer lui-même le type de connaissances qu'il porte, et mieux saisir les enjeux de transfert qui peuvent en résulter », indique Laurent Simon.

« Chacun peut se rendre compte s'il est le seul porteur d'un savoir critique dans l'organisation. »

PERMETTRE LE TRANSFERT DE CONNAISSANCES

Dès le mois de mai, Mosaic mettra cet outil à la disposition de la grappe aérospatiale. L'équipe de Laurent Simon et de Patrick Cohendet, l'autre directeur de l'organisme, travaille à la transposition de cet outil sur une plateforme technologique. « Un employé pourra autoadministrer un formulaire en ligne, et s'orienter vers un menu de solutions », illustre M. Simon.

Les services de ressources humaines des entreprises aérospatiales pourront exploiter la récolte de renseignements faite par la plateforme d'autoévaluation. Une analyse de ces informations pourra donner lieu à des actions concrètes en matière de transfert des connaissances. « Mais il s'agit d'abord de favoriser des pratiques d'échange plus autonomes entre les employés eux-mêmes, précise Laurent Simon, qui cite l'exemple d'employés travaillant côte à côte. On n'imagine pas créer un programme de formation alors qu'ils peuvent s'en parler durant leur journée de travail ! »

Le programme doit permettre d'abord aux organisations de prendre conscience du risque de perdre des connaissances, par exemple si des employés quittent l'entreprise alors qu'ils sont les seuls à détenir certaines expertises, poursuit le codirecteur de Mosaic. Et d'autres effets positifs sont à attendre. « Gérer les connaissances et favoriser les pratiques de partage revient à perdre moins de temps à chercher de l'information, souligne-t-il. Dans certaines entreprises de la grappe aérospatiale, certains ingénieurs passaient 10 % de leur temps à trouver de l'information non documentée ailleurs que dans la tête d'un collègue ! »