Si on voit bien en quoi consiste le travail d'un conseiller financier, et qu'on imagine facilement celui d'un courtier en Bourse, on sait moins quel rôle joue le gestionnaire de fonds communs de placement. Denis Senécal, vice-président principal et chef des placements MB Solutions à la firme montréalaise Placements Montrusco Bolton, répond à nos questions.

DIDIER BERT LA PRESSE

Comment présentez-vous votre métier en dehors de votre activité professionnelle ?

Ce n'est pas toujours facile ! On me demande si je gère des portefeuilles d'actions. Non, j'ai déjà fait de la répartition d'actifs, mais aujourd'hui, je suis un gestionnaire de gestionnaires. Je supervise les gestionnaires de Montrusco Bolton comme les gestionnaires externes avec lesquels nous faisons affaire. Je dois trouver les portefeuilles adéquats pour les besoins de nos clients.

Pourquoi faites-vous appel à des gestionnaires extérieurs ?

Ils sont spécialisés dans des secteurs d'investissement qui requièrent des connaissances pointues, comme les immeubles de bureaux, les hypothèques, les secteurs d'activité en difficulté. Je les rencontre périodiquement, chaque mois ou chaque trimestre, pour m'assurer que leurs styles correspondent toujours aux stratégies d'investissement de nos clients, qui sont des clients privés ou institutionnels.

Le rôle des gestionnaires internes est-il différent ?

Oui, chez Montrusco Bolton, nos gestionnaires internes font des placements traditionnels dans les actions canadiennes, les actions américaines et internationales, les obligations de sociétés et gouvernementales. C'est mon métier premier, celui que j'exerçais il y a 25 ans. Il a beaucoup évolué.

Qu'est-ce qui a changé dans ces classes d'actifs ?

Les primes de risque ont fortement diminué. Les taux d'intérêt sont très bas depuis la crise financière de 2008. Les actions sont davantage orientées vers le dividende, moins vers le gain en capital. Nos clients tendent à chercher une sur-value que n'offrent plus ces actifs. C'est pour cela que nous sommes tournés aussi vers des spécialistes externes, capables d'aller chercher du rendement sur une niche.

Vous devez donc trouver des champions du rendement ?

Oui, quitte à ce que la liquidité soit moindre, comme pour l'investissement dans des immeubles de bureaux. Mais cette recherche de rendement va de pair avec une surveillance des risques. Dans le contexte présent, très volatil, où une déclaration politique peut renverser les marchés financiers, nous devons éviter les gros accidents. Nous recherchons donc une protection implicite du capital. Ce critère prend de plus en plus de place dans la société actuelle. La population vieillit. Or, on ne peut pas se permettre de perdre 25 % de son capital quand on est à la retraite.

Qu'est-ce que la volatilité a remis en cause ?

Aujourd'hui, les algorithmes ont pris davantage de place. Au contraire, les facteurs macroéconomiques ont perdu en influence. Le prix de Facebook ne change pas selon le niveau d'inflation aux États-Unis, mais plutôt en raison d'une multitude de facteurs.

Quelles sont les conséquences pour les gestionnaires d'aujourd'hui ?

Il est plus difficile d'établir des corrélations entre les secteurs de l'économie. Au dernier trimestre de 2018, on a vu des titres être vendus, peu importe leur qualité, sans lien avec le contexte économique. L'utilisation d'un algorithme peut bouleverser la valeur d'un titre, quel que soit son fondamental. Nos gestionnaires internes travaillent de plus en plus avec les données de masse pour faire leurs analyses, grâce à la grande disponibilité des informations publiques. Ils ont moins besoin d'aller rencontrer la haute direction d'une entreprise.

Les clients ont-ils évolué aussi ?

Les clients fortunés veulent comprendre les produits de placement. On se déplace davantage pour les rencontrer que dans le passé. Nous prenons beaucoup plus de temps pour écouter et convaincre nos clients qu'auparavant. C'est très sain !

Qui est Denis Senécal ?

Titulaire d'un B.A.A. et d'une maîtrise en économie appliquée et finance de HEC Montréal, Denis Senécal a fait ses débuts professionnels comme courtier et analyste à la Caisse de dépôt et placement du Québec, dont il est devenu vice-président directeur quelques années plus tard. Depuis 28 ans, il a occupé des postes de direction dans des institutions financières, des régimes de retraite publics et des sociétés de gestion d'actifs (Banque Nationale, Desjardins, State Street, BMO...).