Le Centre-du-Québec continue de progresser dans les secteurs du transport, de l'agroalimentaire, du développement durable, du meuble et des technologies de l'information. Mais ses entreprises peinent à trouver de la main-d'oeuvre spécialisée et de la relève. Les entrepreneurs Robert Béliveau et Amélie Lampron en témoignent.

Publié le 11 févr. 2016
Pierre Théroux LA PRESSE

En chiffres : 

Centre-du-Québec

 - Population active : 123 900 (déc. 2015)

 - Taux de chômage : 6,3 % (déc. 2015)

 - Revenu disponible par habitant : 23 614 $ (2014)

Québec

 - Population active : 4 442 200 (déc. 2015)

 - Taux de chômage : 7,7 % (déc. 2015)

 - Revenu disponible par habitant : 26 046 $ (2014)

Entrepreneuriat

Robert Béliveau

Âge : 52 ans

Profession : chef de la direction de Soteck

Dans la région depuis : 52 ans

« La fibre entrepreneuriale est très forte ici. Il y a plusieurs entreprises en démarrage et d'autres qui prennent de l'expansion », lance d'entrée de jeu M. Béliveau, dont l'entreprise de Victoriaville offre des services-conseils pour optimiser les procédés d'automatisation, de ventilation et de réfrigération d'équipements. La détermination des entrepreneurs explique cette effervescence. Mais il y a aussi l'engagement des différents partenaires pour soutenir le développement des entreprises. « Il y a une grande volonté d'accompagner les entreprises, autant de la part des institutions financières que des professionnels comme les avocats et les comptables, ou encore des intervenants en développement économique de la région », dit M. Béliveau, qui préside aussi la Corporation du développement durable. Mais, ajoute-t-il, bon nombre de dirigeants d'entreprise vieillissent et ne trouvent pas de relève. Le recrutement de main-d'oeuvre est aussi problématique. « Chez Soteck, nous avons des postes d'ingénieurs et de techniciens en bâtiment qui sont ouverts en permanence. »

Photo fournie par Soteck

Robert Béliveau, chef de la direction de Soteck, entreprise de Victoriaville qui offre des services-conseils pour optimiser les procédés d’automatisation, de ventilation et de réfrigération d’équipements.

Relève

Amélie Lampron

Âge : 35 ans

Profession : directrice générale de Rose Drummond

Dans la région depuis : 35 ans

Après quelques années à l'extérieur de la région, pour poursuivre des études en histoire et vivre en France, Amélie Lampron est rentrée prendre la relève de l'entreprise maraîchère fondée par ses parents il y a 30 ans. « Le processus s'est amorcé il y a deux ans et ça se passe très bien », souligne celle qui dirige l'entreprise avec son conjoint, Emmanuel Bertrand. Mais tous n'ont pas cette chance. « Dans le secteur agricole, c'est très difficile. Il y a beaucoup de découragement chez les jeunes qui aimeraient prendre la relève », déplore-t-elle. Elle note toutefois la vitalité de la région et en particulier son développement industriel, qui profite aussi à Rose Drummond. « On a ouvert un petit café il y a deux ans et on s'attendait à voir principalement une clientèle de passage. Mais il y a de plus en plus de gens d'affaires de la région qui soutiennent les commerces locaux. » Elle souhaite que le nombre croissant d'entreprises, et la qualité de vie, incite aussi les jeunes à rester ou à retourner dans la région.

Forces

Le Centre-du-Québec n'a rien à envier à sa région voisine, Chaudière-Appalaches, en matière d'entrepreneuriat, estiment les intervenants économiques de la région. « Le taux de chômage est l'un des plus bas au Québec parce qu'il y a beaucoup de création et de développement d'entreprises », fait valoir Martin Dupont, directeur général de la Société de développement économique de Drummondville. Son collègue René Thivierge, coordonnateur au développement industriel à la Corporation de développement économique de Victoriaville et sa région (CDEVR), abonde en précisant : « Nous profitons d'une situation géographique avantageuse, à mi-chemin entre Montréal et Québec. » La région de Victoriaville vient de se doter d'un premier incubateur pour favoriser le démarrage et le maintien d'entreprises. Drummondville a pour sa part amorcé la construction d'un troisième incubateur et l'aménagement du nouveau parc industriel Vitrine 55. Le Centre-du-Québec, qui a enregistré des investissements industriels de 347 millions l'an dernier, réussit aussi à attirer des entreprises étrangères. Comme la multinationale vénézuélienne Sural, ou les géants français Lactalis et Soprema.

Défis

La région est victime de son succès. « Il faut trouver de la main-d'oeuvre pour combler les besoins des entreprises », indique Martin Dupont, qui dirige aussi l'Association régionale de développement économique du Centre-du-Québec. La récente implantation à Drummondville d'un campus de l'Université du Québec à Trois-Rivières, qui a accueilli ses premiers étudiants en janvier, pourrait en partie pallier cette lacune. En plus de contribuer à l'augmentation du taux d'obtention d'un diplôme de la région, l'un des plus faibles au Québec. Des entreprises se rendent en France deux fois par année pour recruter des employés. La région devra également attirer davantage d'immigrants, mais « on sent une certaine réserve dans la population et il y a un travail d'intégration à faire », constate Vincent Guay, directeur général de la CDEVR. Autres défis d'importance : accentuer les efforts de recherche et développement au sein des entreprises qui, par ailleurs, font aussi face à un problème de relève.

En bref

 - Grands employeurs (2015)

Cascades et Norampac : 1692

Groupe Soucy : 1060

Aluminerie de Bécancour : 1000

Olymel : 906

Armatures Bois-Francs : 600

 - Parcs industriels : 30

 - Grands secteurs d'activité

Fabrication : 22 000 emplois

Commerce de détail : 13 000 emplois

Soins de santé et assistance sociale : 12 000 emplois

 - Sièges sociaux

Cascades

Groupe Soucy

Armatures Bois-Francs

 - Grandes villes

Drummondville : 74 540 résidants

Victoriaville : 45 232 résidants

Bécancour : 12 852 résidants

Photo fournie par Rose Drummond

Amélie Lampron a pris la relève de l’entreprise maraîchère fondée par ses parents il y a 30 ans. Son conjoint Emmanuel Bertrand dirige l'entreprise avec elle.