Depuis plus de 30 ans, Robotel a implanté ses plateformes d'enseignement dans plus de 10 000 classes réparties dans 75 pays. La PME de Laval vient de faire son entrée au Nigeria où elle compte bien profiter de l'essor économique du pays le plus peuplé d'Afrique.

Publié le 31 août 2015
Pierre Théroux LA PRESSE

QUOI DE NEUF

L'innovation est au coeur du développement de Robotel, une entreprise qui a conçu des systèmes de gestion de classe à l'intention des laboratoires de langues ou d'informatique. « Nous fournissons des outils aux enseignants pour leur permettre de mieux gérer les activités tant dans les salles de classe qu'à l'extérieur », explique Yanick Demers, directeur commercial pour l'Europe, l'Afrique et l'Amérique latine chez Robotel. 

L'entreprise a aussi pris le virage technologique en permettant à ses plateformes de migrer sur les ordinateurs portables et les tablettes. Résultat : Robotel a fait sa marque à l'international qui accapare plus des trois quarts de ses ventes de plus de 3 millions de dollars. Elle s'attaque maintenant au continent africain qui représente 5 % de ses revenus.

L'ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR 

Le Nigeria, à la faveur d'une croissance économique soutenue de 7,5 % par année depuis une décennie, est devenu la première économie d'Afrique. Si son économie carbure à l'exploitation du pétrole et du gaz, qui représentent 95 % de ses exportations totales, ce pays de plus de 162 millions d'habitants a aussi soif de connaissances. Son rôle au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) l'amène à valoriser davantage l'apprentissage des langues. 

« Il y a une volonté d'apprendre le français pour pouvoir dialoguer avec les instances économiques et politiques des pays francophones environnants. » - Yanick Demers, directeur commercial pour l'Europe, l'Afrique et l'Amérique latine chez Robotel

La présence d'investisseurs chinois suscite aussi l'intérêt envers l'étude du mandarin.

Si le Nigeria s'avère donc un marché intéressant pour Robotel, l'entreprise y a toutefois fait ses premiers pas par hasard, à la suite d'une simple demande d'information. « Des personnes qui nous ont contactés du Nigeria pour s'enquérir de nos systèmes, nous en avions eu au moins 80 depuis cinq ans, mais jamais de façon sérieuse », raconte M. Demers. Et ce, jusqu'à l'an dernier, quand des échanges avec Olusanya Babatunde, de l'entreprise Topteck Limited qui faisait du démarchage pour des universités du Nigeria qui voulaient implanter des laboratoires de langues, se sont avérés fructueux. « J'ai compris qu'il était vraiment intéressé quand il m'a annoncé son intention de venir au Canada. »

En mars dernier, c'était au tour de Yanick Demers de se rendre au Nigeria. « Ce n'est pas un marché qui se développe seulement par des échanges d'informations. C'est important de rencontrer les gens pour faire connaissance et nouer des liens de confiance », souligne M. Demers qui, par ailleurs, ne s'est jamais senti en danger malgré la présence du groupe terroriste nigérian Boko Haram. « La zone à risque se situe dans le nord-est du pays alors que notre clientèle cible se trouve au sud, dans les régions de Lagos et Ibadan » dit-il. Lagos, la plus grande ville du Nigeria et de l'Afrique, est d'ailleurs en voie de devenir la Silicon Valley du continent.

Entre ces deux visites de reconnaissance et de courtoisie, Robotel et son partenaire Topteck avaient installé deux systèmes de gestion de classe dans des laboratoires de langue des universités Babcock et Redeemer's, tandis que l'Université Adeleke a ensuite emboîté le pas. « Les universités sont évaluées et accréditées selon un système de pointage et c'est un atout de pouvoir offrir des cours de langue à leurs étudiants », indique M. Demers.

STRATÉGIE  

Robotel a favorisé la signature d'une entente de partenariat avec une entreprise nigériane, Topteck, pour s'implanter dans ce pays. « C'est préférable d'avoir un partenaire sur place qui s'engage à implanter notre technologie, en faire la promotion et assurer la formation auprès des enseignants et le suivi technique », explique M. Demers. L'importance d'un partenaire local est d'autant plus essentielle que le pays est fortement miné par la corruption. « Nous avons clairement établi dès le départ, tant avec notre partenaire que nos clients, que la corruption ne fait pas partie de notre modèle d'affaires. »

ANECDOTE 

Le monde est vraiment petit, a pu constater Yanick Demers lors de son séjour en Afrique. Lors de ce premier voyage au Nigeria, son chemin a croisé celui de Marcello DiFranco, délégué commercial principal au haut-commissariat auxiliaire du Canada à Lagos. Les deux s'étaient rencontrés une première fois il y a une quinzaine d'années lorsque M. Demers, alors employé d'Unibroue, participait à une mission commerciale... en Argentine !

EN CHIFFRES

504,4 millions Valeur des exportations (73,3 millions) et importations (431,1 millions) entre le Québec et le Nigeria en 2014

PRINCIPALES EXPORTATIONS DU QUÉBEC

Véhicules aériens (56,3 millions), turboréacteurs et turbopropulseurs (3,6 millions), voitures de tourisme et autres véhicules automobiles (3,5 millions).

Huiles brutes de pétrole (394,2 millions), cacao (33,9 millions), graines et fruits oléagineux (700 000 $).

Sources : Statistique Canada et Institut de la statistique du Québec