Nul doute que l’industrie canadienne des fonds communs de placement traverse jusqu’à maintenant une année difficile. Le recul des Bourses, entrecoupé par de courtes périodes de reprise, fait la manchette, et les taux d’intérêt grimpent à une vitesse rarement vue. Forcément, l’industrie réagit, et de nouvelles tendances apparaissent. Survol.

Publié le 20 septembre
Jean Gagnon Collaboration spéciale

La corrélation change

S’il y a un fait qui a changé et qui bouleverse les stratégies de gestion de portefeuilles, c’est que la corrélation inverse entre les prix des actions et ceux des obligations s’est complètement modifiée, explique Léon Garneau Jackson, directeur, BMO Gestion mondiale d’actifs. On était habitués à voir les fonds d’obligations offrir des rendements intéressants lorsque les fonds d’actions faiblissaient, et vice versa. En quelque sorte, l’un protégeait l’autre, ce qui faisait l’attrait des fonds équilibrés. Mais cette corrélation inverse a disparu au cours de la dernière année, et la performance des fonds d’obligations n’est pas plus enviable que celle des fonds d’actions. Les deux catégories subissent de lourdes pertes.

Les chiffres

Au 31 juillet, les actifs sous gestion dans l’industrie des fonds communs canadiens avaient diminué de 6 % par rapport à l’an dernier à pareille date. Une lueur d’espoir est toutefois apparue en juillet, alors que le montant des actifs sous gestion était supérieur de 4 % à celui du mois précédent. Les ventes brutes ont pour leur part décliné de 23 % par rapport à l’année précédente — qui avait toutefois, il faut le rappeler, été une année record. Compte tenu de la volatilité des marchés en 2022, la majorité des ventes s’est faite dans les fonds de marché monétaire et dans les fonds équilibrés mondiaux.

Les actions à faible volatilité

Pour atténuer l’effet des mouvements abrupts des marchés sur le portefeuille, les fonds d’actions à faible volatilité deviennent un véhicule de plus en plus couru par les investisseurs, explique Léon Garneau Jackson. Le choix des titres qui composeront ces fonds se fait à partir de mesures de volatilité, entre autres le bêta, soit la corrélation qui existe entre le cours d’une action et le marché en général. Le fonds regroupe donc des titres dont le bêta a été parmi les plus faibles au cours des cinq dernières années. BMO Gestion d’actifs gère un fonds d’actions américaines à faible volatilité, et la méthodologie utilisée semble faire ses preuves, car ce fonds montre un rendement positif de 8,7 % depuis un an, et ce, malgré la forte volatilité qui a engouffré les marchés boursiers depuis janvier.

Fonds de dividendes avec options couvertes

Parmi les fonds de plus en plus à la mode, il y a les fonds de dividendes avec options. Il s’agit de détenir des actions d’entreprises qui possèdent un bon historique de versement de dividendes et pour lesquelles le gestionnaire vend à découvert des options d’achat. La stratégie est conçue afin de procurer à l’investisseur deux sources de flux de trésorerie, soit le dividende de l’action et la prime de l’option, explique Léon Garneau Jackson. On retrouve souvent dans ces fonds les actions des banques, qui ont un historique enviable quant à la croissance du dividende.

Fonds de stratégies alternatives

À ceux qui en doutaient encore, la dernière année a démontré que les fonds d’obligations traditionnels s’avèrent un investissement très risqué en période de hausses rapides des taux d’intérêt, rappelle Daniel Lanteigne, associé principal, Reverber Stratégies financières intégrées. La création de fonds de stratégies alternatives pour remplacer les fonds de revenu fixe est engagée et elle devrait se poursuivre, selon lui. Il encourage les épargnants et les investisseurs à s’informer auprès de leurs conseillers de ces nouveaux produits qui semblent parfois complexes, mais qui, dans les faits, réduisent les risques du portefeuille.