Le virage vert de l’industrie aérospatiale a fait un bond en avant depuis le début de la pandémie. Et le Québec possède les talents pour tirer son épingle du jeu dans ce domaine.

Publié le 5 septembre
Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

La transition durable de l’aviation n’est pas une nouvelle tendance. L’industrie en parle déjà depuis une douzaine d’années. Les choses semblent néanmoins prendre de l’altitude.

« Il y a eu une accélération pendant la pandémie, constate Suzanne M. Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal. Plusieurs grandes sociétés ont pu réfléchir à la question environnementale et dresser une feuille de route pour répondre aux nouvelles exigences mondiales. »

L’industrie aérospatiale s’était en effet engagée en 2009 à réduire de 50 % ses émissions de CO2 d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 2005. Le secteur tente désormais d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Des appels à projets ont d’ailleurs récemment été lancés dans la province pour développer les technologies de l’avion du futur.

Au Québec, on est capables de faire le design des avions, de les fabriquer, de les certifier et de les entretenir. En plus, on a les talents. L’écosystème est très fort.

Suzanne M. Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal

La mobilité aérienne durable est en plein essor. « Que ce soit des moteurs électriques, hybrides ou à l’hydrogène, on a tout ce qu’il faut ici », ajoute-t-elle.

Deux acteurs américains investissent dans le secteur des taxis volants — des véhicules électriques transportant des marchandises et éventuellement des passagers, mieux connus sous le nom eVTOL – au Québec.

Wisk s’implante à Montréal pour développer sa technologie. Elle devrait compter une trentaine d’employés d’ici la fin de l’année. Jaunt Air Mobility établit également ses installations d’eVTOL dans la région.

« Le Québec compte des champions : des avions commerciaux comme l’Airbus 220 et des avions d’affaires tels que le Global 7500 ou le Global 8000. Ce sont les plus performants dans leur catégorie en matière d’environnement », souligne la PDG d’Aéro Montréal.

Les entreprises se penchent aussi sur la configuration des appareils pour améliorer l’aérodynamisme. Bombardier a par exemple mis sur pied le projet de recherche ÉcoJet, en vue de réduire jusqu’à 50 % des émissions grâce à une combinaison de progrès aérodynamiques et de propulsion.

S’il faut en croire Suzanne Benoît, les bonnes nouvelles continueront de pleuvoir. « On fera d’autres annonces au Forum innovation aérospatiale international en septembre », assure-t-elle. Aéro Montréal cherche notamment à créer, avec les autorités gouvernementales, des corridors de tests pour les drones entre certains États américains et le Québec.

« Les cycles sont très longs en aviation. Ce qui nous aidera à court terme, ce sont les carburants durables [les SAF, en anglais] », résume Suzanne Benoît.

CAE, « leader de l’innovation »

Contrairement aux autres grands noms de l’industrie, CAE ne possède pas une imposante flotte d’avions. Elle ne compte que 200 avions de formation. L’impact environnemental du leader mondial de la simulation de vols est donc moindre : moins de 100 000 tonnes de carbone par année.

N’empêche, l’entreprise apporte sa contribution pour la planète, en grande partie grâce aux enfants du PDG.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Hélène V. Gagnon, cheffe de la direction du développement durable et vice-présidente principale, engagement des parties prenantes, chez CAE

« Les enfants de Marc Parent ont participé à la grande marche pour le climat en 2019. Ils ont alors demandé à leur père ce qu’il faisait comme chef d’entreprise pour lutter contre les changements climatiques. Ça a été un moment décisif », raconte Hélène V. Gagnon, cheffe de la direction du développement durable et vice-présidente principale, engagement des parties prenantes.

CAE est devenue carboneutre un an plus tard dans l’ensemble de ses 200 sites à travers le monde. « C’est un incitatif pour réduire à la source », remarque Mme Gagnon.

Malgré neuf acquisitions dans les deux dernières années, la société a réduit de 14 % son empreinte carbone. Elle vient également d’annoncer que les deux tiers de sa flotte d’entraînement seront électrifiés à court terme. Elle investit en outre dans l’innovation numérique, notamment pour optimiser les programmes de formation.

« On fête nos 75 ans parce qu’on est un leader de l’innovation, estime Hélène V. Gagnon. C’est notre sauce secrète. »