Lisa Campbell a souvent été l’une des rares femmes dans les milieux de travail qu’elle a connus. Tantôt avocate au criminel, tantôt sous-ministre adjointe à l’approvisionnement militaire et maritime, la Montréalaise a fait son chemin jusqu’à la tête de l’Agence spatiale canadienne. Une première pour l’organisation fondée en 1989.

Publié le 7 juin
Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Avant d’être nommée présidente de l’organisation en 2020, elle n’avait pourtant jamais travaillé en aérospatiale. « J’ai travaillé dans la gestion des marchés au Bureau de la concurrence, explique-t-elle. J’ai géré des projets complexes au département de l’approvisionnement militaire et maritime. J’ai aussi évolué en droit international et en droits de la personne. Tout cela m’a menée où je suis maintenant. »

Au fond d’elle, quelque chose la poussait vers le domaine. « Je suis fascinée par l’astronomie, les sciences, la science-fiction et tout ce que les humains peuvent accomplir. Tout au long de ma carrière, j’ai été attirée par la nouveauté, le futur et la collaboration humaine. Quand j’ai vu cette opportunité, ça m’a emballée ! »

Depuis qu’elle a succédé à une longue lignée d’hommes présidents, elle fait une différence auprès de la relève féminine. « Beaucoup de jeunes femmes qui étudient en sciences, en technologies, en ingénierie ou en mathématiques sont venues me voir pour me dire à quel point c’était important pour elles de voir cette représentativité. Par contre, il y a encore du chemin à faire ! »

Interpellée par l’inclusion et la diversité, la présidente observe une belle représentativité à la base de l’agence. Toutefois, les choses sont moins roses dans certains secteurs, comme l’ingénierie, et chez les cadres. « C’est ainsi dans toutes les agences de la planète, mais je veux que ça change et qu’on soit parmi les meilleurs au monde. »

On a besoin de la diversité des idées afin d’encourager l’innovation. Je crois fermement que ça va devenir notre force. Si on est les plus diversifiés et les plus inclusifs, ça pourrait nous aider à attirer les talents de partout.

Lisa Campbell, présidente de l’Agence spatiale canadienne

Lisa Campbell s’intéresse aux rouages des organisations et des sociétés depuis des lunes. « J’ai étudié en science politique à l’Université McGill, parce que j’étais passionnée par la façon dont les sociétés s’organisent, se gèrent et prennent soin des droits de la personne. Et j’ai poursuivi en droit à l’Université Dalhousie pour mieux comprendre comment les sociétés se développent et prennent soin des plus vulnérables. »

En évoluant par la suite en droit criminel, elle a été témoin de plusieurs enjeux économiques, de santé mentale et de justice. Tout cela, en étant l’une des rares femmes de sa génération à faire ce travail. « Très tôt, il a fallu que j’apprenne à prendre ma place et à faire mon travail même si je n’étais pas toujours respectée et si les gens avaient des préjugés envers moi. J’ai appris à naviguer à travers ça. »

Rester soi-même

Alors que plusieurs femmes en position de pouvoir ont affirmé avoir choisi ou avoir été forcées de diriger « comme les hommes » pour se faire respecter, Lisa Campbell n’adhère pas à cette stratégie. « Certaines personnes m’ont dit que je devrais m’habiller ou me comporter comme un homme, mais ça ne me convenait pas. Je trouve ça très important d’être soi-même. Les gens le ressentent. »

Quand elle a occupé ses premiers postes de gestion, elle dit avoir choisi de traiter les gens comme elle voulait être traitée : avec justesse, honnêteté, collégialité, collaboration et respect. « Parfois, on me demande comment ça se fait que je sois gentille et humaine. Honnêtement, je ne pourrais pas être autrement. Je me suis aussi fait dire que j’étais trop polie. Pourtant, la politesse ne m’empêche pas d’être forte ou ferme. »

La gestionnaire se tourne davantage vers la communication, les solutions et la collaboration. Trois concepts qui s’avèrent très utiles dans un milieu en pleine transformation. « En aérospatiale, on s’en va de plus en plus vers un partenariat fort entre les gouvernements et les entreprises du secteur privé, et entre les différentes nations. »

Elle cite en exemple le télescope spatial James-Webb, lancé dans l’espace par l’Agence spatiale canadienne, la NASA et l’Agence spatiale européenne, en décembre 2021. « C’est le plus puissant de l’histoire ! Cet été, on va recevoir les premières images qui vont nous donner des informations sur la formation de l’Univers ! »

Lisa Campbell parle du télescope avec un enthousiasme indéniable, même si elle n’est pas une spécialiste. « J’étudie le sujet quotidiennement. Non seulement parce que je veux pouvoir appuyer le travail de mes collègues, mais aussi parce que j’aime ça. Je suis les nouvelles en tout temps. L’espace, ça bouge ! On est en train de vivre une nouvelle ère du spatial. »