Le Québec souhaite améliorer son autonomie alimentaire et, pour y arriver, il faudra inévitablement cultiver de plus en plus l’hiver. Et de façon rentable. Cela passe par l’adoption de nouvelles technologies.

Publié le 26 mai
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Lorsque David Côté, copropriétaire avec son frère Matthieu des Jardins Abbotsford D. C. de Saint-Paul-d’Abbotsford, répond à l’appel de La Presse, on entend un haut niveau d’activité autour de lui. Sa serre est pleine de fraises à cueillir, puis il se prépare à commencer le travail dans les champs. Heureusement, pour gérer différents aspects de sa production, il a maintenant l’aide d’uFields, un outil numérique développé par l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, en collaboration avec Gaspar.

« Les agriculteurs voulaient un outil conçu ici, en fonction de leurs besoins, pour mieux gérer leurs données parce que, pendant la saison, les récoltes se font tous les matins, il faut que les paniers sortent vite et ils avaient de la misère à suivre », explique Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

L’outil uFields, qui peut être utilisé aussi pour d’autres fruits et légumes, comprend un module pour gérer les ressources humaines, un pour suivre la production, donc quelle boîte a été cueillie par qui, quand et dans quel champ, puis un pour assurer le suivi des intrants.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Des fraises des Jardins Abbotsford D. C. de Saint-Paul-d’Abbotsford

« uFields élimine des erreurs et nous donne une foule d’informations importantes d’année en année pour analyser notre performance, comparer et s’ajuster », témoigne David Côté.

Un quatrième module, sur la traçabilité et la salubrité, est maintenant en développement pour une sortie prévue en 2023.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

David Côté, copropriétaire des Jardins Abbotsford D. C. de Saint-Paul-d’Abbotsford, utilise l’outil uFields pour gérer sa ferme.

Des progrès réels

Grâce à un ensemble de technologies pour améliorer l’efficacité, gérer l’éclairage, la température et l’humidité, le Québec arrive de plus en plus à produire une variété de cultures en serre l’hiver », constate Marilou Cyr, directrice générale de Zone Agtech, lieu d’innovation et de maillage pour stimuler le développement de technologies agricoles d’avenir.

Le Québec produit déjà des fraises, des laitues et des minipousses en serre l’hiver. On continue à diversifier les cultures, mais le défi, c’est qu’il faut adapter les technologies à chacune.

Marilou Cyr, directrice générale, Zone Agtech

Par exemple, Zone Agtech commence un projet en collaboration avec l’Université du Québec à Trois-Rivières et des producteurs agricoles, notamment les Serres Lefort, pour cultiver des concombres.

Il a aussi fallu s’attaquer au manque de main-d’œuvre. Beaucoup d’efforts ont été faits dernièrement pour automatiser et robotiser des portions de la production, particulièrement le nettoyage, le triage et l’emballage. Les petites serres ont toutefois des défis pour absorber les coûts d’acquisition de ces technologies.

« Nous sommes en train de créer un programme pour les aider, d’autant plus que la grande majorité des serres au Québec sont de petite taille, ajoute Marilou Cyr. On espère pouvoir déployer le programme cette année ou au début de l’année prochaine. »

Encore des défis

Mais l’autonomie alimentaire ne passe pas que par les fruits et les légumes. « Il y a des projets en pisciculture, notamment pour s’attaquer au rejet d’azote, en vue de réduire nos importations de poisson, indique Marilou Cyr. Il y a aussi des projets avec les insectes comme protéine alternative : c’est vraiment une grosse tendance même si les consommateurs québécois sont encore frileux. C’est la même chose avec les algues. Il y a même un projet de quinoa qui se développe dans Lanaudière. »

Puis, il faut rebondir face à différents types de défis qui surgissent. « Par exemple, plusieurs maladies déciment les cultures de soya et on développe des technologies pour mieux les détecter et réduire les pertes de rendement », explique Marilou Cyr.

Le prix du gaz naturel, qui a doublé récemment, est un autre défi, étant donné qu’il est utilisé par plusieurs serres pour se chauffer. « Il y a des projets pour que les serres se tournent vers l’hydroélectricité ou d’autres sources d’énergie renouvelable, affirme Marilou Cyr. Aussi, les diodes électroluminescentes [DEL] utilisées pour l’éclairage produisent de la chaleur, donc elles viennent réduire les besoins de chauffage. Les projets avancent bien, mais il faut les accélérer. »

En savoir plus

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    Nombre de serres de fruits et légumes au Québec en 2020. Leur superficie totale était de 125 hectares.
    Source : Gouvernement du Québec