Quelque 2000 éleveurs et 8 millions d’animaux par an, c’est le portrait de la production porcine dans la province, deuxième secteur agroalimentaire en importance. Autant de cochons, cela veut dire des millions de tonnes de lisier et les odeurs qui viennent avec… La biovalorisation est peut-être la nouvelle solution.

Publié le 26 mai
Julie Roy Collaboration spéciale

Pollution et odeur

Excellent engrais riche en phosphore, le lisier n’en est pas moins une source importante de pollution en raison des émanations de méthane à l’entreposage et du lessivage des sols qui peut occasionner un déversement accidentel dans les cours d’eau. Les recherches pour trouver des solutions ne datent pas d’hier et plusieurs techniques sont disponibles, mais aucune à ce jour n’a fait l’unanimité.

Un projet de retraite

Âgé de 80 ans, Luc Roy a été durant sa carrière à la tête de la Régie de l’assurance agricole, l’ancienne Financière agricole. Armé de son expérience de gestionnaire, il avait la conviction que si on ne réglait pas le problème du lisier de porc, l’avenir même de la production était en jeu. « Le discours environnemental et les changements climatiques m’interpellent beaucoup. À ma retraite, j’avais envie de faire quelque chose d’utile pour ce secteur et ces questions », explique-t-il. Après avoir mené trois projets, il a contacté l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), avec qui il s’est associé dans cette aventure. « J’avais vu une technique en Belgique qui traitait les lisiers de façon naturelle, et c’est ce qui m’a inspiré. »

De l’oxygène pour modifier la flore microbienne

De 2015 à 2022, l’IRDA a donc mené une panoplie de tests avant d’en arriver à un procédé qui permet d’éliminer 99,9 % des E. coli et de réduire les émissions d’odeurs et de gaz à effet de serre (GES) jusqu’à 95 % par rapport aux émissions de l’entreposage de lisier brut. « On utilise un procédé de traitement aérobie du lisier de porc en deux étapes. On agite et recircule d’abord le lisier brut dans un réservoir en y injectant de l’oxygène. Ensuite, une pompe amène le tout dans le bioréacteur BIO-RHO2. Là encore, on y pousse de l’air avec des tuyaux perforés. C’est la présence de l’oxygène qui permet la croissance des bactéries qui vont dégrader les matières organiques et éliminer les défauts du lisier », explique Patrick Brassard, chargé de projets à l’IRDA et dauphin du chercheur principal, Stéphane Godbout.

Une solution plus compliquée qu’il n’y paraît

Injecter de l’air peut paraître simple à la base, mais le chercheur explique que c’est plus complexe qu’il n’y paraît en raison de la profondeur des fosses (trois mètres) et de la quantité d’énergie requise pour insuffler de l’air. Le procédé permet de pallier ce problème. « Tout doit être paramétré : la puissance de la pompe, la quantité de matière et la quantité d’air par mètre cube. Si on ne fait pas les choses correctement, on se retrouve avec du lisier qui fait de la mousse et qui déborde. »

Des revenus possibles pour les producteurs agricoles

PHOTO FOURNIE PAR L’IRDA

L’équipement nécessaire au procédé entre dans un simple conteneur, qui peut être placé à la ferme directement.

Après quelques jours, le lisier traité se sépare naturellement par décantation en deux phases et produit des fertilisants. Ceux-ci peuvent devenir une source de revenus pour les producteurs qui pourront le vendre comme engrais. Pour l’IRDA, la prochaine étape est la mise en place d’une vitrine technologique à l’automne prochain. Si le financement est au rendez-vous, une phase de commercialisation est prévue en 2023. De son côté, Luc Roy voit loin. Il croit que le traitement aérobie pourrait valoriser les déjections animales de n’importe quelle production. « C’est une technologie simple qui peut être montée entièrement à la ferme dans un simple conteneur. C’est une solution gagnante pour le producteur qui réduit substantiellement l’empreinte écologique de son élevage tout en augmentant sa rentabilité. »