Le scientifique Christian Roy a consacré une grande partie de sa vie à la pyrolyse. Grâce à cette technologie de décomposition thermique, l’entrepreneur québécois nourrit de grandes ambitions. À la tête de la PME Pyrovac, il multiplie les projets destinés à révolutionner la transformation de rebuts industriels, agricoles et forestiers en bioproduits et solutions énergétiques de rechange.

Publié le 24 mai
Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Avant de fonder Pyrovac en 1995, Christian Roy, docteur en génie chimique, a été professeur de génie à l’Université Laval. La somme de ses connaissances et des travaux de recherche qu’il a menés ou supervisés sur la pyrolyse se retrouve aujourd’hui au premier plan.

Avec sa trentaine de brevets, Pyrovac développe et fabrique des réacteurs (d’environ 20 pi sur 12 pi) qui ingurgitent et recrachent de la matière à valeur ajoutée. Baptisée « pyrolyse avancée », la technologie de l’entreprise permet « la valorisation intégrale des rebuts organiques en les transformant en produits solides et liquides de valeur commerciale ».

Notre mission est de développer des solutions et de construire des usines qui seront opérées par des partenaires. Ça nous oblige à être bons dans plein de domaines. Nos revenus sont basés sur des royautés, des dividendes et des contrats de développement. Nous investissons presque 100 % de nos revenus en R-D.

Christian Roy, fondateur et président de Pyrovac

Après avoir connu des hauts et des bas, Pyrovac est désormais sur une lancée. Depuis 2020, sa technologie est utilisée à Merced, en Californie, près de la vallée Centrale. Dans cette région où l’agriculture intensive est reine, les rejets sont variés et en quantité astronomique.

Grâce à une usine construite en collaboration avec l’entreprise américaine Corigin, Pyrovac transforme des coquilles d’amandier en biochar. Ce charbon de bois, sous forme de poudre, est ajouté au sol ou au compost et favorise la rétention d’eau, ainsi que la captation des minéraux, résume Christian Roy.

Le tandem Corigin-Pyrovac produit également le Coriphol, un produit aqueux (composé à 85 % d’eau) qui favorise la croissance des plantes. Ce biostimulant, qui remplace partiellement les engrais chimiques en agriculture, est approuvé par la FDA, souligne le chercheur-entrepreneur.

PHOTO FOURNIE PAR PYROVAC

Une partie des installations de l’usine construite en collaboration avec l’entreprise américaine Corigin, à Merced, en Californie, près de la vallée Centrale.

Satisfaite de sa relation avec la PME québécoise, Corigin souhaite maintenant construire une usine quatre fois plus grande, toujours près de la vallée Centrale, afin de transformer davantage de résidus agricoles. Si tout se passe comme prévu, une première pelletée de terre pourrait être envisageable d’ici la fin de 2022, soutient Christian Roy.

Chez nous, au Québec, Pyrovac et l’entreprise norvégienne Elkem mettent la dernière touche à une usine pilote de 40 millions. La PME québécoise y fabriquera des briquettes de biocarbone. À brève échéance, l’installation traitera deux tonnes de résidus forestiers (épinette noire) à l’heure. À terme, ce sera 15 tonnes à l’heure.

Le biocarbone obtenu par pyrolyse servira à alimenter l’usine d’Elkem à Chicoutimi où sont produits des alliages de ferrosilicium, destinés notamment à l’industrie automobile. Le but : réduire les émissions de GES et remplacer le charbon fossile en provenance de Chine ou des États-Unis. Elkem possède 11 usines de ferrosilicium dans le monde. De quoi remplir le carnet de commandes de Pyrovac pour les prochaines années.

Pyrovac se prépare d’ailleurs à passer à une vitesse supérieure. Elle vient d’acquérir un terrain de 375 000 pi⁠2 à Saint-Lambert-de-Lauzon pour y construire de nouvelles installations.

En savoir plus

  • 4,9 milliards
    Le marché mondial des biostimulants pourrait atteindre 4,9 milliards d’ici 2025.
    Source : Marketstand Market