L’hydrogène est source de grands espoirs pour la transition énergétique, mais plusieurs défis restent à surmonter pour l’utiliser à son plein potentiel. Nergica, un centre de recherche appliquée en intégration des énergies renouvelables, a organisé un groupe d’experts sur le sujet il y a quelques jours. Éléments à retenir.

Publié le 24 mai
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Qu’est-ce que l’hydrogène vert ?

Si la combustion de l’hydrogène n’émet pas de gaz à effet de serre, ce n’est pas le cas de sa production. « Pas moins de 96 % de l’hydrogène dans le monde est produit à partir de sources d’énergie non renouvelables, soit du gaz naturel, du pétrole brut et même du charbon », a indiqué Yanick Paquet, analyste recherche et innovation chez Nergica. Il a aussi souligné que cet hydrogène est utilisé à 85 % pour produire de l’ammoniac présent dans les fertilisants agricoles. Ce qui est intéressant pour la transition énergétique, c’est de se tourner vers la production d’hydrogène vert, donc produit à partir de sources d’énergie renouvelable, notamment hydroélectrique, éolienne et solaire. Yanick Paquet a précisé que cet hydrogène vert coûte environ cinq fois plus cher à produire que celui fabriqué à partir de sources d’énergie non renouvelable. Mais l’avancement technologique et la hausse actuelle des prix des carburants fossiles sont en train de réduire l’écart.

Ne pas oublier la biomasse

Si on parle beaucoup d’hydroélectricité au Québec pour produire de l’hydrogène, il faut aussi considérer le potentiel de la biomasse. C’est ce qu’est venu affirmer Papa Niokhor Diouf, directeur scientifique chez Serex, un centre de recherche appliquée en transformation des produits forestiers. « Il y a plusieurs projets d’envergure qui sont faits en ce moment, notamment en Europe et en Californie, pour produire de l’hydrogène à partir de biomasse forestière, a-t-il indiqué. Ces grands projets feront la démonstration que c’est un procédé qui fonctionne. C’est intéressant particulièrement pour le Québec parce que la biomasse forestière y est une ressource en abondance. » Parmi les projets à suivre, il y a celui de SGH2 Energy, à Lancaster, en Californie, qui utilisera des déchets de papier mélangés recyclés pour produire 3,8 millions de kilogrammes d’hydrogène vert par année. Cela correspond environ à trois fois plus que ce que peuvent produire les différentes installations actuelles ou en construction dans le monde.

Énergir fait des tests

L’hydrogène vert n’est plus à l’étape du rêve au Québec. Énergir souhaite d’ailleurs faire de plus en plus de place dans son réseau au gaz naturel renouvelable (GNR), qui inclut l’hydrogène vert. D’ici 2030, son souhait est d’avoir à tout le moins 10 % de GNR dans son réseau pour aider à le décarboner. « Une série d’analyses et d’études doivent être réalisées pour nous permettre d’acquérir un degré de confort suffisant avec l’hydrogène pour être en mesure de l’utiliser dans notre réseau de façon sécuritaire », a indiqué Vincent Regnault, directeur exécutif, approvisionnement gazier et développement gaz renouvelables, chez Énergir. Un grand projet de tests en plusieurs phases est donc en cours, notamment au Quartier de l’énergie, à Boucherville, de même que chez Énergir, chaleur et climatisations urbaines. On injectera dans ces réseaux jusqu’à 20 % d’hydrogène.

À quoi servira l’hydrogène vert ?

Même si le Québec a une abondance d’électricité, Yanick Paquet a souligné que celle-ci vient seulement combler 38 % de nos besoins en énergie. C’est donc dans tous les secteurs où les besoins ne sont pas comblés par l’électricité, et qui pourraient difficilement l’être, que l’hydrogène pourrait être intéressant. « D’ailleurs, on voit souvent des gens mettre en opposition les véhicules électriques et ceux à l’hydrogène, alors que les deux ont leur place en fonction de la taille du véhicule et de son besoin en autonomie, a précisé Yanick Paquet. Il faut savoir que, alors que la batterie lithium-ion a environ 50 % de son autonomie affichée lorsqu’il fait -20 °C, l’hydrogène ne perd pas de sa performance en temps froid. C’est quelque chose qui nous concerne au Québec. » La Stratégie relative à l’hydrogène du Canada indique qu’en 2030, l’hydrogène vert pourrait répondre à 6 % de nos besoins énergétiques.