En cette période de relance économique, les dirigeants d’entreprise sont sollicités de toutes parts. Trouver des solutions aux problèmes, mais aussi répondre aux besoins actuels et futurs. Mais pour avancer, il faut innover. Mais comment innover quand on est dirigeant d’une PME ? Éléments de réflexion.

Caroline Rodgers Collaboration spéciale

« Pour les dirigeants d’entreprise, il n’est pas toujours évident d’introduire l’innovation dans leurs pratiques, car ils doivent prendre le temps, avoir le personnel et les ressources nécessaires, explique Pascal Monette, PDG de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ). La bonne nouvelle, c’est que de nombreuses ressources sont disponibles pour les soutenir dans leurs démarches. Mais le grand défi, c’est de s’engager sur cette voie et d’implanter une culture d’innovation. Cela demande de développer un espace créatif, et d’avoir une tolérance au risque et à l’échec. »

Le Québec a certainement des forces en matière d’innovation, et des secteurs plus innovants que d’autres.

« On parle évidemment d’aéronautique et de génie, mais plusieurs secteurs commencent à innover davantage, notamment en agroalimentaire. On voit, entre autres, que le manque de main-d’œuvre est un enjeu majeur pour le milieu agricole, et que des solutions technologiques innovatrices pour automatiser certaines tâches sont en cours de développement. L’innovation n’est pas la panacée à la pénurie de main-d’œuvre, mais elle fait partie des solutions essentielles à cet enjeu, car on se retrouve, aujourd’hui, avec des PME obligées de refuser des contrats parce qu’elles n’ont pas le personnel nécessaire. »

Apprendre l’innovation

Pour innover davantage, il faut aussi être au fait des meilleures pratiques qui, heureusement, s’enseignent un peu partout et de différentes façons.

« Il faut regarder la créativité et l’innovation comme des compétences pour les individus et une capacité pour les organisations, qui peuvent se comprendre, s’organiser, se gérer et s’optimiser, dit Laurent Simon, professeur au département d’entrepreneuriat et d’innovation et codirecteur de Mosaic, le pôle créativité et innovation de HEC Montréal.

L’important, c’est d’être capable d’implanter une culture de créativité qui fait qu’on sera capable de résoudre les problèmes et même de les anticiper collectivement.

Laurent Simon, professeur au département d’entrepreneuriat et d’innovation, HEC Montréal

L’innovation n’arrive pas toute seule : il faut investir sur le plan des connaissances, dont l’analyse du marché. Une fois qu’on a compris les besoins, il s’agit d’entrer dans un questionnement, une phase créative, la génération d’idées et de solutions nouvelles que l’on mettra à l’épreuve à travers l’expérimentation.

« Du moment qu’on a capté une bonne idée, on va se demander comment la concrétiser et la mettre en marché, avec le bon modèle d’affaires, ancré dans les processus de l’organisation », dit Laurent Simon.

De l’innovation au marché

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Audrey Gagnon, directrice générale de KLR Systems, qui produit notamment des attaches pour sacs à pain compostables et recyclables

Chez KLR Systems, une entreprise de la Montérégie qui fabrique des emballages, notamment pour les produits de boulangerie, on a cherché une solution de remplacement pour un minuscule objet de la vie quotidienne qui pollue malgré son aspect anodin : l’attache de sacs à pain.

« Une petite attache à pain, cela peut sembler insignifiant, mais à gros volume, l’impact environnemental est considérable, d’autant plus que le plastique utilisé, qui vient du Brésil, est du polystyrène non recyclable qui met 1000 ans à se détériorer, dit Audrey Gagnon, directrice générale de KLR Systems. On s’est demandé si on pourrait en produire qui soient plus écoresponsables, et on a travaillé avec Cascades, qui nous fournit de la matière 100 % recyclée, et nos attaches sont compostables et recyclables. C’est unique au monde et c’est fabriqué ici, au Québec. »

Juste en Amérique du Nord, on estime que 3 milliards d’attaches de sacs à pain sont utilisées chaque année. Les attaches de sacs écolos de KLR Systems sont maintenant disponibles, mais le marché nord-américain est difficile à percer. Les grandes boulangeries industrielles ont du mal à changer leurs habitudes. Pour l’instant, les attaches de sacs à pain de KLR sont vendues en Australie et en Nouvelle-Zélande. Au Québec, une boulangerie artisanale les utilise. Il s’agit de À chacun son pain, qui produit du pain biologique et trouvait qu’il était logique d’employer une attache écoresponsable.