Depuis le début de l’année, les indices phares des Bourses de New York et de Toronto, le S&P 500 et le S&P/TSX, ont gagné plus de 22 %. Depuis le creux du 23 mars 2020 causé par la pandémie, ces indices ont plus que doublé.

Jean Gagnon Collaboration spéciale

De quoi donner le vertige aux investisseurs. Ceux-ci ont bien profité de cette embellie, mais le risque d’un recul abrupt menace-t-il maintenant la plus-value accumulée au cours de la dernière année et demie ?

Risque élevé pour certains

Depuis le début de la pandémie, la masse monétaire a augmenté du tiers, et les banques centrales maintiennent les taux d’intérêt à zéro. Devant cette abondance de liquidités et un coût de financement minime, il ne faut pas s’étonner de la vigueur des marchés, explique Cimon Plante, premier vice-président et conseiller en gestion de patrimoine à la Financière Banque Nationale.

« Ces conditions favorables expliquent probablement que les évaluations boursières de certaines entreprises dans les secteurs qui ont actuellement la cote, tels entre autres l’électrification des transports, l’énergie renouvelable et le commerce en ligne, atteignent des niveaux déraisonnables », dit-il.

Il est probable que ces titres pourraient maintenant connaître d’importants replis, si l’on devait faire face à des hausses de taux d’intérêt, selon lui. Rappelons-nous l’épisode de l’automne 2018, alors que les Bourses avaient corrigé rapidement quand la Réserve fédérale avait commencé à hausser son taux directeur.

Tout n’est pas à risque

Mais il ne faut pas croire que tout est à risque. Lors de l’éclatement de la bulle techno il y a 20 ans, ce sont surtout les titres reliés à l’internet qui s’étaient appréciés de façon insensée et qui se sont alors écroulés, rappelle Cimon Plante.

Dans l’ensemble, les secteurs industriels et celui des grandes entreprises technologiques ont eu de bons rendements depuis 12 mois, mais ce sont des progressions qui s’inscrivent dans l’évolution de ces entreprises, explique M. Plante. Prenons le cas par exemple d’Amazon. On constate que le titre, après s’être fortement apprécié depuis quelques années, fait du surplace depuis un an. Quant au titre de Meta Platforms (Facebook), il n’a progressé que d’environ 12 % depuis son sommet du mois d’août 2020.

Règles à suivre

C’est durant ces moments d’inquiétude que les investisseurs doivent se rappeler les grands principes qui guident la gestion de leur portefeuille, souligne Daniel Chartier, vice-président et gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilières Desjardins.

Un portefeuille bien bâti repose d’abord sur une bonne répartition des actifs en fonction des objectifs de l’investisseur, et cela doit demeurer, affirme M. Chartier.

Si le niveau élevé des marchés l’inquiète, l’investisseur peut ajouter une certaine dose de prudence à son portefeuille en réduisant quelque peu les actifs les plus risqués qui se sont fortement appréciés et en les remplaçant par des actifs plus sécuritaires, telles les obligations.

Daniel Chartier, vice-président et gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilières Desjardins

Ne pas tenter de se synchroniser au marché

Il importe toutefois de rester bien investi en fonction du plan établi et de ne pas tomber dans le piège de vendre dans le but de racheter plus tard à meilleur prix. « Vouloir se synchroniser au marché a souvent été néfaste à ceux qui ont tenté cette approche », dit Daniel Chartier.

De même pour ceux qui se retrouvent avec de nouvelles liquidités et qui hésitent à les investir étant donné que les marchés sont trop chers et que le risque est trop grand. « Attendre une cassure du marché avant d’investir est toujours très dangereux », dit le gestionnaire de portefeuilles chez Desjardins. « Vaut mieux commencer maintenant à commettre graduellement ces nouveaux fonds dans le marché et ne pas demeurer complètement sur les lignes de côté », conclut-il.