Depuis 2018, Annie Cyr insuffle un vent de fraîcheur dans le monde pas très technologique de l’industrie du textile. Sa plateforme numérique, Tengiva, vient simplifier l’imposant processus unissant les fournisseurs de textiles aux marques de vêtements. Son idée est à ce point ingénieuse qu’elle a été sélectionnée dans le programme d’accélération entrepreneuriale Google for startups : women founders.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Quatre entreprises canadiennes ont été sélectionnées par le géant. Tengiva est la seule québécoise. « C’est une immense fierté, s’exclame Annie Cyr. En plus de nous donner une grande visibilité, ça solidifie notre valeur en démontrant que le textile peut être techno. »

Réservé aux jeunes pousses prêtes à se déployer rapidement, le programme a commencé en septembre et se terminera en décembre. « C’est loin d’être un simple accompagnement en survol, précise-t-elle. C’est une plongée en profondeur. J’ai deux mentors, un spécialisé en techno et l’autre, en vente et marketing. Ils me font des recommandations et me mettent en lien avec les experts du programme. Je suis impressionnée ! »

Un échelon à la fois

Annie Cyr en a fait du chemin depuis qu’elle se voyait devenir designer, en organisant ses premiers défilés de mode à 17 ans. Après des études en design de mode à l’École de mode du cégep Marie-Victorin, des années sur le marché du travail et un détour en Italie pour se spécialiser en design de chaussures et d’accessoires, elle a eu envie d’aller plus loin.

Direction : l’Université du Québec à Montréal (UQAM), pour étudier en gestion industrielle de la mode.

PHOTO ANDREJ IVANOV, COLLABORATION SPÉCIALE

Je suivais un cours avec une professeure passionnée de textile. Je la trouvais tellement inspirante que je lui ai demandé pourquoi elle n’écrivait pas un livre sur ce qu’elle nous apprenait. Elle m’a répondu qu’elle n’avait pas le temps et que je devrais m’en charger. Donc, durant trois ans, j’ai rédigé un guide sur les fibres textiles.

Annie Cyr, fondatrice et présidente de Tengiva

Cet imposant travail lui a permis d’apprivoiser l’autre versant de la mode, jusqu’à devenir responsable de l’approvisionnement dans une grande entreprise. « Avec une collègue, nous gérions 25 millions de dollars en matières premières par année. »

Très vite, elle s’est lassée du processus lourd et archaïque qui s’imposait à elle. « L’approvisionnement est rempli d’étapes répétitives et ça prend parfois des mois pour obtenir un seul tissu ! »

Avec son partenaire Carlos Agudelo, elle a analysé l’écosystème, uniformisé la terminologie dans l’industrie et élaboré une solution qui simplifierait tout. « Par exemple, si quelqu’un cherche un t-shirt sur notre site web, notre outil va l’amener vers des produits présélectionnés selon les variables identifiées. »

Volet environnemental

Grâce à Tengiva, tout est plus simple, plus rapide... et plus environnemental. « Une marque peut maintenant obtenir son tissu en une semaine, ce qui lui permet de mieux gérer ses besoins. Au lieu de planifier son approvisionnement sur six mois, elle peut planifier pour un mois en utilisant précisément ce dont elle a besoin. Ça fait moins de gaspillage et ça permet une plus grande adaptabilité dans la production », explique Annie Cyr.

Autre avantage : une transparence accrue dans la chaîne d’approvisionnement. « On peut savoir de quel fabricant provient la matière, de quel pays vient un fil et quels produits chimiques ont été utilisés pour faire les finis. On ne pourra plus dire qu’on ne sait pas d’où viennent nos vêtements. »

À ce jour, Tengiva est utilisée par 25 fabricants et 375 marques réparties dans 30 pays. Et ce n’est que le début.