Si seulement 16 % des PME au Canada étaient détenues majoritairement par des femmes en 2017, le portrait s’améliore grandement lorsqu’on additionne les travailleuses autonomes. En 2019, 1 million de femmes travaillaient à leur compte, ce qui représente 37 % de l’ensemble des travailleurs autonomes au pays. Dans quels secteurs sont-elles fortement représentées et dans lesquels le sont-elles moins ? Voit-on des changements au fil du temps ? Survol.

Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

En hausse

Selon le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE), entre 1987 et 2018 au Canada, le nombre de travailleuses autonomes dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques a été multiplié par presque cinq. C’est à peu près la même chose pour les secteurs de la finance, de l’assurance, des services immobiliers et de la location.

« Le niveau de diplomation des femmes a beaucoup augmenté dans les dernières décennies, et leur plus forte présence dans ces secteurs peut expliquer en partie ce phénomène », remarque Christina Constantinidis, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) spécialisée en entrepreneuriat des femmes.

En même temps, les entrepreneures demeurent peu nombreuses à lancer leur entreprise en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. La capacité d’aller chercher du financement n’y serait pas étrangère. Le PCFE précise que 63 % des Canadiennes ont subi des difficultés pour obtenir des investissements en capital de risque, comparativement à 40 % pour les hommes.

Stagnation ?

La proportion de femmes qui détenaient en majorité des entreprises dans les secteurs de la construction, de l’agriculture, de la foresterie, du transport et de l’entreposage stagnait autour de 5 % entre 2011 et 2017. Pour la fabrication, il y a eu une hausse pour dépasser les 10 % en 2017.

Cette présence féminine est encore très faible, mais Christina Constantinidis s’attend à voir des changements dans les prochaines années.

En repreneuriat et dans le transfert des entreprises familiales aux enfants, on a de plus en plus tendance à faire de la place aux femmes même dans ces secteurs très masculins.

Christina Constantinidis, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal

En baisse

La présence des femmes est en baisse dans le domaine de l’hébergement et de la restauration. Toujours dans le PCFE, on voit qu’en 2011, les femmes détenaient en majorité environ le quart des PME dans ce secteur, et elles en détenaient environ 20 % en 2017. « Chez les travailleurs autonomes dans le domaine, on tournait autour de 43 % de femmes au Québec depuis 2000 ; en 2019, on est tombé à 37 % et en 2020, à 35 % », ajoute Christina Constantinidis.

Pour expliquer la tendance à la baisse depuis 10 ans, une hypothèse avancée par la chercheuse est que les femmes vont maintenant davantage vers des secteurs qui demandent un plus haut taux de diplomation.

« Puis, en 2020, leur départ s’est accéléré probablement puisqu’elles réalisent encore plus de tâches à la maison et dans l’éducation des enfants que les hommes, donc elles ont davantage souffert de la fermeture des garderies et des écoles », explique-t-elle.

Forte présence

Il y a aussi des constantes : les femmes sont toujours très présentes dans les secteurs de l’enseignement, des soins de santé, de l’assistance sociale, de l’information, de la culture et des loisirs.

« On parle d’une proportion se situant entre 40 et 75 % de femmes parmi les travailleurs autonomes au Québec dans ces secteurs, précise Christina Constantinidis. S’ils génèrent des marges de profit moins élevées, ces secteurs sont à très forte valeur sociale. »

Consultez le rapport État des lieux de l’entrepreneuriat féminin au Canada en 2020