Le Québec n’a pas l’apanage des zones d’innovation. Le gouvernement fédéral a lancé en 2018 ses supergrappes d’innovation, dont Scale AI, qui couvre l’intelligence artificielle dans tout le corridor Québec-Windsor. La Presse fait le point sur son évolution et le secteur en général.

Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Plus de 100 millions de dollars en investissements et plusieurs milliers de membres – incluant notamment des entreprises, des incubateurs, des grands centres universitaires et des organisations professionnelles comme la Banque de développement du Canada (BDC) – : la supergrappe en intelligence artificielle n’a pas chômé depuis sa création.

« Scale AI est un peu comme un triangle. Elle a trois branches : la recherche fondamentale, les entreprises ainsi que les jeunes pousses. Pour faire fonctionner l’écosystème, il faut soutenir les trois sommets, mais surtout, les relier entre eux », explique Julien Billot, président-directeur général de Scale AI.

PHOTO FOURNIE PAR SCALE AI

Julien Billot, président-directeur général de Scale AI.

Pour y arriver, la supergrappe réunit ces trois acteurs en finançant des projets concrets où ils travaillent main dans la main et en organisant des évènements. Et son carnet est bien rempli.

Un projet d’intelligence artificielle coûte généralement entre 1 et 2 millions à implanter, selon Scale AI. « Si l’on considère que lorsqu’on investit 1 $, les entreprises en mettent 2, ça veut dire qu’on a financé entre 150 et 300 cas d’usage concrets dans les entreprises ou les jeunes pousses du pays en deux ans et demi », estime le PDG.

Un secteur en effervescence

L’impact de la supergrappe se fait sentir au Québec. « Elle vient concrétiser l’expertise que l’on a en recherche opérationnelle. Elle nous donne les outils pour se démarquer encore plus dans le domaine de la logistique et des chaînes d’approvisionnement. Ces questions sont cruciales pour l’économie mondiale », estime Marie-Paule Jeansonne, PDG de Forum IA Québec.

Selon l’organisation qui a pour mission de faire de l’intelligence artificielle un levier de développement économique et social, le secteur se porte à merveille dans la province.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

Marie-Paule Jeansonne, présidente de Forum IA Québec

Aujourd’hui, on compte plus de 95 000 emplois à Montréal seulement. Plus de 1,7 milliard a été investi en capital de risque pour les jeunes pousses en intelligence artificielle depuis 2018.

Marie-Paule Jeansonne, PDG de Forum IA Québec

« L’écosystème est très riche à toutes les étapes de la chaîne, que ce soit la recherche, les incubateurs, les fonds en capital de risque ou les firmes de consultants spécialisées. »

L’industrie se lance désormais dans une deuxième phase : la création et la commercialisation d’applications concrètes en intelligence artificielle. Le Forum a mandaté la firme KPMG pour recenser le nombre d’entreprises qui, dans leur raison d’être, offrent des produits et services propulsés par l’intelligence artificielle. « On a constaté qu’il y en a plus de 650. On est donc déjà bien en selle », se réjouit Marie-Paule Jeansonne.

Des projets concrets

Les projets financés par Scale AI touchent à tous les secteurs d’activité, de la santé à l’agriculture en passant par le commerce au détail, et à des entreprises de toutes les tailles. On ne parle pas de recherche ici, mais bien d’applications concrètes. Les résultats doivent être au rendez-vous dès l’année suivante. Environ la moitié de ces projets sont québécois.

« On a fait plusieurs projets avec Bombardier en lien avec l’optimisation de son approvisionnement de pièces détachées et avec la maintenance de ses avions », donne en exemple Julien Billot.

L’entreprise Optel de Lévis a de son côté planché sur la traçabilité de l’aluminium canadien. Le Port de Montréal a aussi bénéficié du soutien de Scale AI pour mettre en priorité le débarquement des conteneurs qui abritaient du matériel médical pendant la pandémie. La société a également optimisé ses ressources humaines. Le papetier Kruger, lui, construira le jumeau numérique de sa nouvelle usine de Sherbrooke pour mieux prévenir les pannes et prévoir la maintenance.