La planification financière n’est pas un exercice toujours simple, c’est pourquoi nombreux sont ceux qui font appel à un professionnel. Et avec raison. Car bâtir un bon plan financier demande de mettre ensemble un certain nombre de données qui seront toutes importantes pour en arriver à un portrait juste de la situation et des perspectives.

Jean Gagnon Collaboration spéciale

C’est pourquoi, en 2008, l’Institut de la planification financière du Québec (IQPF), de concert avec le Financial Planning Standards Council (FP Canada), lançait ce qui allait devenir l’un des outils les plus importants dans l’évolution de la planification financière, soit les normes d’hypothèses de projection, qui allaient être mises à jour chaque année.

Un bon plan financier repose sur plusieurs projections, notamment les besoins de revenus de retraite, les besoins d’assurances, les coûts relatifs aux études des enfants, et bien d’autres.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Chantal Lamoureux, présidente-directrice générale de l’Institut québécois de la planification financière (IQPF)

Mais pour faire correctement ces projections, l’individu doit poser plusieurs hypothèses, explique Chantal Lamoureux, présidente-directrice générale de l’IQPF. Parmi celles-ci, notons entre autres les taux d’inflation qui influeront sur les coûts de différents articles du plan financier, les taux des emprunts que l’individu devra assumer, le taux de rendement des placements qui sont une partie intégrante des revenus de l’individu, ainsi que la durée du besoin.

Comme il est particulièrement difficile de prédire l’évolution de l’économie et la tendance que prendront les marchés financiers, ces normes sont établies à partir de plusieurs sources d’experts, autant du secteur privé que du secteur public. Étant donné que ces normes de projection d’hypothèses proviennent de sources neutres et fiables, elles assurent un degré de confiance élevé envers le planificateur financier et ses projections financières.

Le conseil

Parmi les changements notables des dernières années qui influent sur la planification financière, on note entre autres la reconnaissance de la valeur du conseil en matière financière, explique Chantal Lamoureux.

Ce phénomène a certainement pris plus d’importance à la suite de la diminution significative des frais de transaction sur plusieurs produits financiers.

On n’a qu’à penser à la popularité des fonds négociés en Bourse (FNB) qui comportent des frais de gestion relativement bas. Ainsi qu’à la chute des commissions demandées par les courtiers en ligne, qui approchent de zéro dans bien des cas.

« Cela met en évidence que les produits financiers sont en quelque sorte des commodités, et que ce qui est vraiment important, c’est le conseil, et cela autant du côté des emprunts que des placements », dit Mme Lamoureux. Par conséquent, les individus seraient de plus en plus disposés à payer pour ces services.

Les impôts latents

Pour en arriver à un bon plan financier, tous les éléments doivent être bien évalués, notamment la facture fiscale. Certains placements à impôts différés comme le REER et les régimes de pension agréés (RAP) sont imposables lors du décaissement. Il s’agit d’impôts latents, explique Daniel Laverdière, directeur principal, centre d’expertise, Banque Nationale Gestion privée 1859, qui a déjà abordé la question dans le magazine officiel de l’IQPF, La cible. Et la question est de plus en plus pertinente.

Il n’existe pas de normes comptables canadiennes régissant la préparation d’états financiers pour les individus, mais l’IQPF suggère aux planificateurs de présenter une estimation des impôts latents afin de mieux refléter le pouvoir d’achat des actifs présentés au bilan. Peu importe le taux d’imposition utilisé, la valeur nette sera plus précise que si l’on n’en tient pas compte.

Le défi de la finance comportementale

En planification financière, comme dans le cas plus spécifique de la gestion de placements, la finance comportementale est devenue une question, sinon un défi, d’une grande importance à laquelle l’IQPF s’attaque, indique la PDG de l’institut.

Il s’agit de comprendre ce qui pousse les individus à prendre des décisions qui ne sont pas nécessairement dans leur intérêt supérieur. Par exemple, pourquoi les gens vont-ils vendre un actif qu’ils possèdent à un moment où l’expérience passée démontre que ce moment est très mal choisi ?

« Il est donc important dans la planification financière de bien comprendre comment la personne évolue et comment elle réagira dans telle ou telle situation », dit Chantal Lamoureux.