L’époque où on se moquait des produits « granos » est bien loin. Aujourd’hui, les produits de santé naturels vendus au Canada doivent tous avoir été homologués par Santé Canada. Sauf exception, tous les probiotiques, tisanes, suppléments et autres vitamines qui se disent vertueux pour la santé doivent avoir un NPN, c’est-à-dire un numéro de produit naturel. Témoignage d’une entrepreneure pour qui le NPN est essentiel, mais exigeant.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Johanne Dion a cofondé Trans-Herbe en 1992. Cette PME de Saint-Bruno-de-Montarville fabrique et vend des thés et des tisanes partout au Canada, en Europe du Nord et même au Mexique.

Propriétaire d’un vaste catalogue de produits (vendus sous les marques Four O’Clock, La Cour Tisane et SSense), la femme d’affaires s’est taillé une place de choix au Canada dans le secteur des produits de santé naturels avec sa gamme Four O’Clock Herboriste. Celle-ci représente 18 % de son chiffre d’affaires et croît d’année en année.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Fondée en 1992, la PME de Saint-Bruno-de-Montarville fabrique et vend des thés et des tisanes.

C’est en 2011, lorsqu’elle a acheté les Laboratoires Lalco et sa gamme de tisanes, que Johanne Dion s’est lancée dans la commercialisation de produits de santé naturels. De 10 produits au début, elle est passée à 23, dont 2 (un tonique mental, de même qu’un antistress) seront lancés cet automne.

Cela veut donc dire que Trans-Herbe a, au fil des ans, fait un minimum de 13 demandes de NPN. Rappelons que l’obtention d’un NPN peut prendre 6, 9 et parfois même 12 mois.

C’est difficile d’obtenir un NPN, mais en même temps c’est essentiel, car ça protège le consommateur.

Johanne Dion, présidente et cofondatrice de Trans-Herbe

Cahier de charges, inspection et nombreuses demandes d’approbation font partie du passage obligé entourant le NPN, énumère celle qui est aussi diplômée en chimie.

Il n’y a aucuns frais comme tels pour demander un NPN, mais Santé Canada songe à en exiger, déplore la femme d’affaires. « Ils aimeraient imposer une sorte de ticket modérateur, car ils disent recevoir trop de demandes farfelues », dit-elle.

Chez Trans-Herbe, une équipe de trois employés s’occupe de la formulation des produits de santé naturels. Une quatrième personne s’occupe des affaires réglementaires. « Ce sont des produits dont l’efficacité a été approuvée par Santé Canada, rappelle l’entrepreneure. Absolument tout doit être conforme. Même les informations sur nos emballages, la grosseur des caractères, tout doit être approuvé. Tout. »

Un marché de 4 milliards

Selon David Pelletier, président de l’Association canadienne des produits naturels (ACPN), le Québec compterait quelque 170 entreprises, dont New Roots Herbal, Bio-K, Clef des champs et autres Landish, qui possèdent une licence d’exploitation délivrée par Santé Canada.

Cette licence d’exploitation permet de fabriquer, d’emballer, d’étiqueter et d’importer des produits de santé naturels. Cette catégorie de produits se situe entre les aliments et les médicaments, rappelle-t-il.

Les entreprises du secteur sont surtout concentrées en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique. Au Canada, la filière génère des revenus d’environ 4 milliards de dollars, selon l’ACPN.

Chaque demande de licence de produit, explique M. Pelletier, doit être soumise à la Direction des produits de santé naturels et sans ordonnance (DPSNSO). Elle doit démontrer que le produit est conforme aux exigences de qualité, d’efficacité et d’innocuité, et que celui-ci sera fabriqué dans une installation qui détient une licence d’exploitation.

Toujours selon David Pelletier, « le Canada a été innovateur dans la mise en place d’une réglementation pour ce secteur de l’industrie ». Malgré tout, reconnaît-il, il y a encore des entrepreneurs qui réussissent à vendre des produits, même s’ils ne possèdent aucun NPN.

« C’est entre autres le cas avec les produits vendus en ligne, dit-il. On fait des pressions pour qu’il y ait plus de surveillance de la part de Santé Canada. »