Fondée en 1934, Royer déjoue la pénurie de main-d’œuvre

Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Des robots actifs sur la chaîne de production, d’autres qui déplacent des chariots ou qui pigent dans les 300 alvéoles remplis de modèles de bottes de travail différents pour les préparer pour la distribution. Dans cette usine de Royer, à Sherbrooke, pas moins de 5000 paires de bottes sont expédiées chaque jour. Le tout, sans erreur, ce qui n’aurait pas été possible si l’entreprise n’avait pas pris le virage technologique.

« Une caméra prend des photos de toutes les boîtes qu’on emballe, qui ont chacune un numéro unique, et on fait des vérifications de poids théorique et réel avec notre logiciel de gestion avant de faire l’expédition », explique Simon La Rochelle, président et chef de la direction de Royer, une PME fondée en 1934.

L’entreprise a ainsi réussi à multiplier sa productivité par cinq.

Toutefois, d’après Lyne Dubois, vice-présidente, Investissement Québec – CRIQ (Centre de recherche industrielle du Québec), qui a pour mission de faciliter l’innovation dans les entreprises, le virage n’est pas obligé de se faire de façon aussi draconienne.

« Réaliser un petit projet de transformation, comme l’optimisation d’un procédé, impliquera certains employés dans l’entreprise qui acquerront de nouvelles compétences, explique-t-elle. Cette réalisation améliorera la productivité, ce qui suscitera l’enthousiasme et servira de levier pour continuer d’innover. »

Il faut toutefois bien choisir son projet. « Il doit répondre à un besoin validé auprès du client ou de l’utilisateur », ajoute-t-elle.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Royer a réussi à déjouer la pénurie de main-d’œuvre.

Comment trouver l’expertise pour innover ?

Alors que la pénurie de main-d’œuvre frappe en ce moment, certains dirigeants d’entreprise pourraient être tentés de reporter leurs projets d’innovation.

L’innovation, c’est une question de survie alors que les consommateurs veulent aujourd’hui des produits de qualité, personnalisés, à prix abordables, et ils peuvent les acheter n’importe où, cela met beaucoup de pression sur les entreprises qui doivent adopter de nouvelles technologies pour changer leurs façons de faire.

Lyne Dubois, vice-présidente, Investissement Québec – CRIQ

Pour arriver à innover, l’entreprise doit en faire une priorité. « Le dirigeant de l’entreprise doit incarner l’innovation : il doit être ouvert aux changements et à prendre des risques, il doit s’attendre à voir des erreurs et il doit aller chercher les bonnes personnes pour l’entourer », affirme Lyne Dubois.

Chez Royer, on a choisi de construire une usine 4.0 en créant une équipe en technologie de l’information à l’interne qui apprendrait le métier de fabricant de bottes de travail. Pour embaucher en pleine pénurie, Simon La Rochelle a fait confiance à des jeunes qui sortaient du cégep.

« Ils étaient super motivés, nous les avons bien encadrés et ils ont réussi à élever le niveau de compétences dans l’entreprise et à innover à bas coût. »

Par exemple ? Le choix des caméras au plafond qui prennent des photos des chariots pour savoir lorsqu’ils sont prêts à être ramassés par les robots.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Simon La Rochelle, président et chef de la direction de Royer, qui a construit une usine à la fine pointe de la technologie, à Sherbrooke

Nous équiper en caméras professionnelles aurait coûté 300 000 $, mais les jeunes ont réussi à le faire pour moins de 20 000 $ en nous amenant une technologie moins haut de gamme, mais robuste.

Simon La Rochelle, président et chef de la direction de Royer

Maintenant que l’usine 4.0 fonctionne, pas question de se départir de l’expertise en technologie de l’information. « Il faut faire évoluer nos technologies, indique le président. Puis, dans notre domaine, on peut innover à différents niveaux, que ce soit sur les matériaux, les produits, les procédés, etc. On n’a jamais fini. »

L’idée de construire une nouvelle usine a germé en 2015 chez Royer, dont l’originale est située à Lac-Drolet, municipalité d’environ 1000 habitants. « La pénurie de main-d’œuvre, ça fait 10 ans qu’on la vit, affirme Simon La Rochelle. Nous devions investir en technologies pour continuer à croître. »

L’usine de Lac-Drolet roule toujours, mais elle se concentre sur des produits à très grande valeur ajoutée qui nécessitent plusieurs opérations manuelles pour des environnements de travail avec un niveau élevé de risques, comme les fonderies.