On peut les voir un peu partout au Québec, mais souvent, leur contribution passe sous le radar du grand public. Les ports sont des « hameçons de croissance » lorsqu’ils investissent pour croître. Actuellement, ce ne sont pas les projets qui manquent.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Que ce soit à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières ou dans le Bas-Saint-Laurent, les idées ne manquent pas lorsque vient le temps de penser à prendre de l’expansion ou à mettre les installations à niveau. Ces investissements sont généralement l’élément déclencheur d’un « effet domino », estime Patrick Robitaille, vice-président, développement des affaires, de l’Administration portuaire de Québec.

« C’est bon pour tout le monde parce que c’est structurant, explique-t-il. Tout suit lorsque l’on investit. Il y en a dans les infrastructures, les opérateurs [maritimes] sont incités ainsi que les armateurs. »

Le projet d’agrandissement (Laurentia) a peut-être été rejeté par le gouvernement fédéral, mais le Port de Québec, qui voit annuellement de 800 à 1000 navires accoster à ses différents terminaux, a investi pas moins de 100 millions de dollars dans ses installations depuis 2018.

Au chapitre du tonnage et des activités commerciales, le plus vieux port du pays a enregistré ses meilleures années au cours de la dernière décennie, souligne M. Robitaille.

Spécialisé dans le vrac solide (alumine, concentré de minerai, produits agroalimentaires), le Port de Trois-Rivières a vu le tonnage de cette catégorie croître de 12,5 % l’an dernier pour s’établir à 3,6 millions de tonnes métriques.

D’ici 2030, l’objectif est d’accroître le tonnage de 40 % à 50 %, selon le vice-président directeur du Port de Trois-Rivières, Jacques Paquin.

On a une spirale de retombées économiques. Lorsque l’on rend le Saint-Laurent plus concurrentiel, on rend les entreprises plus concurrentielles sur les marchés mondiaux. Elles n’ont pas besoin de déménager parce que la logistique n’est pas là.

Jacques Paquin, vice-président directeur du Port de Trois-Rivières

Les projets sont également nombreux du côté de la Société portuaire du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, responsable des ports de Gros-Cacouna, Rimouski, Matane et Gaspé, même si la dynamique est différente.

Rattraper le retard

Créée il y a un peu plus d’un an après le transfert d’Ottawa vers le gouvernement du Québec des installations portuaires, la Société s’apprête à soumettre son plan quinquennal – vers la fin d’octobre – au gouvernement Legault. Dans certains cas, il y a un rattrapage à faire, explique la présidente-directrice générale de la Société, Anne Dupéré.

« Le port de Matane est en fin de vie, dit-elle. Il est assez prioritaire considérant l’état des infrastructures. Une partie du port de Rimouski est condamnée et doit être réhabilitée. Ce sont des urgences où il faut intervenir. »

PHOTO FOURNIE PAR LA SOCIÉTÉ PORTUAIRE DU BAS-SAINT-LAURENT

La Société portuaire du Bas-Saint-Laurent aimerait positionner le port de Gros-Cacouna comme option de rechange dans le secteur du vrac.

Mais ces projets peuvent servir d’« hameçons de croissance » afin de stimuler le développement économique des quatre régions, croit Mme Dupéré. Elle aimerait voir le port de Gros-Cacouna être complémentaire à ceux de Montréal et de Québec.

« Ils sont assez saturés du côté du vrac, explique-t-elle. À Gros-Cacouna, on a de la place. Partir vers l’étranger de Montréal ou de Cacouna, pour un navire, ce n’est pas une grosse différence. Il y a des entreprises qui ne pensent pas à nous, mais qui pourraient venir. Nous pourrions être complémentaires. »

Le transfert des quatre ports s’était accompagné d’une compensation financière d’environ 150 millions de dollars accordée au gouvernement du Québec.

Signal encourageant

Pour les armateurs comme le Groupe Desgagné, l’amélioration des installations portuaires constitue un signal encourageant. Son vice-président directeur aux opérations et projets spéciaux, Claude Dumais, rappelle que les ports québécois ne rivalisent pas entre eux, mais avec des concurrents étrangers.

C’est bon pour la business. Nous sommes en concurrence avec les États-Unis, qui sont aussi une porte d’entrée de l’Amérique du Nord. On a un effort de coordination et de développement à faire.

Claude Dumais, vice-président directeur aux opérations et projets spéciaux au Groupe Desgagné

La pandémie de COVID-19 a été largement responsable des perturbations de la chaîne logistique qui ont contribué à provoquer une crise dans le transport maritime en raison de la rareté des conteneurs disponibles.

Environ 80 % du transbordement de conteneurs se fait au port de Montréal. Ailleurs au Québec, les répercussions ont été moins visibles puisque les installations sont tournées vers le segment du vrac.

Du côté de Trois-Rivières, il y a eu quelques augmentations de trafic à certains moments l’an dernier, ce qui a causé « quelques soucis », a relaté M. Paquin. Le port n’a pas été en mesure d’accueillir certains vraquiers, mais seulement à quelques occasions.

Le secteur maritime au Québec

20 ports sur l’ensemble du territoire

Moyenne annuelle de 110 millions de tonnes de marchandises

Environ 365 entreprises et 26 000 employés en mer et à terre

Plus de 8000 navires qui naviguent sur le Saint-Laurent chaque année

Source : Société de développement économique du Saint-Laurent