La pandémie a mis en lumière pour nombre de PME la nécessité de prendre le virage numérique, mais cette réalisation ne vient pas avec un mode d’emploi. Sébastien Morin, coprésident et chef de la stratégie de Mirego – qui a participé à la transformation numérique de 250 entreprises –, explique comment y parvenir.

Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Quels sont les principaux éléments à considérer lors d’un virage numérique ?

La transformation peut vouloir dire bien des choses. J’aurais tendance à dire qu’il y a deux aspects. Le premier concerne la numérisation des opérations et des processus. On continue à faire ce qu’on fait déjà, mais on transforme nos processus traditionnels en processus numériques. À travers ça, on devient plus productifs et plus performants.

Le deuxième aspect vient après. C’est là qu’on essaie de voir comment créer de nouvelles offres ou de nouvelles sources de revenus qui sont foncièrement numériques. On parle ici d’innovation, de bâtir de nouvelles choses. Il faut voir comment se réinventer, comment mieux répondre aux besoins des clients.

Quelles sont les étapes à suivre ?

La première étape est une phase de découverte. Il faut comprendre le contexte, les besoins des utilisateurs, les objectifs d’affaires. On analyse la compétition, ce qui se fait dans le marché. Chez Mirego, on appelle ça définir le cadre.

Ensuite, on tombe dans la phase de définition. On identifie et donne un ordre de priorité à nos idées. On bâtit des processus, un prototype ou un site web pour vérifier dans le marché s’il y a une réponse positive. L’innovation comporte beaucoup de risques. Il faut pouvoir valider, faire de petites itérations, s’assurer que ça va générer des revenus avant d’aller plus loin.

La troisième phase, celle de réalisation, coûte le plus cher. C’est aussi la plus concrète. C’est le moment où on met en place ce qu’on a testé plus tôt.

La dernière phase concerne l’évolution. Lancer un produit, c’est le début de l’aventure. Il faut constamment vérifier si on atteint nos objectifs, comprendre comment les gens utilisent notre produit, retourner faire des sondages et continuer cette espèce de boucle de validation pendant des années.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Selon Sébastien Morin, la transformation numérique comporte quatre grandes phases : découverte, définition, réalisation et évolution.

Quelles sont les principales erreurs à éviter ?

Il ne faut pas mettre tout son budget dans le développement d’un nouveau produit ou d’un service. On doit se garder du temps et de l’argent pour faire évoluer le produit, mais aussi pour le commercialiser, le faire connaître.

Une autre des principales erreurs est d’aborder sa transformation numérique comme organisation en achetant une plateforme numérique existante et en changeant ses processus actuels sans réinventer son modèle d’affaires. À mon avis, la transformation numérique ne se limite pas à deux ou trois solutions. On doit être constamment à la recherche de la prochaine innovation à mettre en place. Le virage numérique est un acte de création et l’innovation doit faire partie de l’ADN d’une entreprise.

Comment peut-on intégrer ses employés au processus ?

Ce n’est pas tout de dire que la contribution des individus d’une équipe est importante. Il faut mettre en place une structure qui encourage et cultive l’intrapreneuriat. Quand une organisation débute, elle est menée par une bande d’entrepreneurs. Une fois qu’elle grandit, cette culture se perd parfois en cours de route. Il faut que les gens qui ont des idées qui pourraient être porteuses pour la croissance de l’entreprise aient du temps pour les tester.