Ce n’est plus un secret, le pénurie de main-d’œuvre affecte lourdement la croissance des PME du Québec. Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), près de 26 % d’entre elles affirment avoir dû refuser des ventes ou des contrats et 17 % déclarent avoir annulé ou reporté des projets d’affaires faute de personnel suffisant. Dans un tel contexte, comment faire pour recruter ? Réponses d’experts.

Julie Roy Collaboration spéciale

La gestion humanisée

Pour maintenir leur croissance, le premier conseil que Nicolas Sève, cofondateur de C3pH, donne à ses clients est de diminuer leur taux de roulement. Pour y arriver, il mise sur la fidélisation, et ce, dès l’embauche. « Plus tu fidélises, moins tu as besoin de recruter. Tout se passe dans les trois à six premiers mois. Cela veut dire que dès que l’on recrute, il faut que l’employé sente qu’on s’intéresse à lui. On présente l’équipe, mais avec des détails de leur personnalité et leurs activités préférées. Déjà, on crée des liens. » Évidemment, en cette ère de télétravail, la mobilisation et la fidélisation sont des concepts plus difficiles à mettre en place, c’est pourquoi Manon Poirier, présidente de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), suggère aux dirigeants de se déplacer au domicile des nouveaux employés ou de prévoir un moment pour des rencontres en personne. « Il faut montrer que nos employés ne sont pas des machines. Derrière l’ordinateur, il y a des humains. De petits gestes comme prendre une marche, aller dîner, ne sont pas très dispendieux et font toute la différence. »

Passer en mode séduction

Les experts consultés sont formels : oui, la rémunération peut être un élément de séduction, mais son impact reste de courte durée. « Le salaire n’est pas une garantie que les gens vont rester. Il y a d’autres aspects à considérer comme le climat de travail, le respect, la confiance, le développement personnel, la reconnaissance. Les gens ont besoin d’avoir un emploi qui a un sens », souligne Manon Poirier. Pour se démarquer, Dominic Migneault, cofondateur de C3pH, suggère aux PME d’établir leur marque employeur. « Une PME doit établir pourquoi quelqu’un serait motivé à venir travailler chez elle, quels sont ses avantages et les irritants. Il faut aussi jeter un œil à ce que font les concurrents et pourquoi quelqu’un les choisirait au lieu de nous. Il faut savoir qui on recherche, ce qui est important dans un emploi pour cette personne », soutient Nicolas Sève. Parmi les tendances observées, les congés sans solde, les vacances illimitées, le choix des formations, la flexibilité des horaires, etc.

Vos employés, vos ambassadeurs

Manon Poirier recommande aux PME d’utiliser leurs employés comme ambassadeurs et de penser à une prime de référencement. « Notre personnel a un réseau et il ne faut pas être gêné de leur demander où on pourrait rejoindre des candidats potentiels. » Elle ajoute que la production d’une vidéo présentant des employés qui démystifient leur travail et qui parlent de l’entreprise est une autre option qui a déjà donné de bons résultats. « C’est une expérience employée convaincante parce qu’on montre les installations et des gens au naturel. » Le rejet d’une candidature peut même être mis à profit, selon Dominic Migneault : « Rappeler tout le monde, autant ceux qu’on n’a pas retenus, démontre qu’on se soucie d’eux. Les gens apprécient les rétroactions et ils peuvent devenir aussi des ambassadeurs et parler positivement de notre entreprise. »

Sourcing et autres nouveaux moyens de recrutement

De plus en plus, les réseaux sociaux, les chasseurs de têtes et le sourcing sont les nouveaux incontournables. « Le sourcing consiste à trouver des profils précis grâce à des outils internet comme LinkedIn. Une fois identifiée, on envoie une publicité sur un site précis de façon à générer des candidatures. Quant aux chasseurs de têtes, ils comprennent ta culture et vont aller solliciter des gens qui ne sont pas en recherche. Ils prennent tout en charge », explique Manon Poirier. Pour ces experts, la venue du télétravail est une occasion d’élargir son bassin en faisant fi des barrières géographiques, mais encore faut-il accepter que certains employés soient toujours loin du bureau.