Depuis près de 12 ans, Noah Redler, président d’Arche Innovation, s’affaire à mettre sur pied des incubateurs dont le but est de faire croître des jeunes pousses. Avec les années, ces écosystèmes économiques ont évolué et sont de plus en plus nombreux, mais ils demeurent l’apanage des grands centres urbains. Retour en arrière.

Julie Roy Collaboration spéciale

Incubateur, un nom à définir

Noah Redler a participé à la mise au monde de huit incubateurs (Centech, Zú, Living lab Lanaudière, etc.). Il se souvient encore de sa première expérience avec le Communoloft. Situé dans un immeuble locatif de Montréal, il permettait aux petites PME de se loger sans se ruiner avec un espace fermé, meublé et offrant un accès à l’internet et à des lignes téléphoniques. À cela s’ajoutaient des formations et des services à tarif avantageux. Le défi était là, demander à des professionnels de donner de leur temps sans obtenir un retour immédiat. « La base d’un incubateur est d’offrir du maillage sous un même toit à des jeunes pousses, mais aussi des services à prix préférentiel, que ce soit d’avocats, de fiscalistes, etc. Il n’a pas été facile de faire comprendre les avantages et les occasions que l’on pouvait en retirer collectivement », raconte l’expert.

Au-delà de l’espoir et de la volonté

Financés par des organisations informelles, les débuts des incubateurs n’ont pas toujours été faciles. Il a fallu souvent répéter le même message. « Oui, c’était des mouvements organiques qui pouvaient même naître dans un pub irlandais, mais l’espoir et la volonté étaient là. On devait faire comprendre à d’éventuels partenaires qu’ils devaient nous aider, car pour survivre, les jeunes entreprises avaient besoin du soutien de leur communauté », se souvient l’homme d’affaires. Noah Redler a lui-même fait partie de ces gens. Pendant deux ans, il n’a eu de cesse d’enseigner les bases de ce concept au hub technologique de la Maison Notman. « Près de 50 % de ma tâche consistait à faire des visites guidées et à expliquer ce que nous faisions. Ce sont près de 3000 personnes à qui nous avons répété le message. »

Un financement salutaire

Noah Redler estime que les incubateurs ont vraiment pu prendre leur envol autour de l’année 2015, au moment où les gouvernements et des fonds d’investissement se sont mis à y investir et que de grandes firmes-conseils ou d’avocats y ont mis de leurs ressources. « C’est lorsque des incubateurs, comme la Maison Notman avec l’appui de Real Ventures, se sont mis à donner des résultats, apportant du même coup de la crédibilité à ce modèle, qu’on a vu un intérêt pour cet écosystème. » De trois à quatre fonds, en 2010, les incubateurs peuvent maintenant compter sur le soutien d’une quarantaine de fonds.

Une véritable nébuleuse

Difficile de chiffrer le nombre d’entreprises qui ont recours aux incubateurs puisque plusieurs font le pont d’une organisation à l’autre. « On peut donner l’exemple de Nectar. Il s’agit d’une entreprise qui a développé un capteur qui analyse la santé d’une ruche d’abeilles et la colonie. Les entrepreneurs sont passés à travers un incubateur social [Esplanade], un incubateur deeptech [Centech] et l’accélérateur FounderFuel. Tous ces programmes les ont aidés à définir leur marché, achever leur développement technologique et attirer des investisseurs pour soutenir leur croissance. »

Un modèle urbain

Les grands centres urbains sont un terreau fertile pour l’émergence des incubateurs. « Le monde entier regarde Montréal avec ses quatre universités, ses centres de recherche. La ville est devenue un endroit où l’on peut prendre la recherche et la sortir des laboratoires pour lui donner une visée commerciale. Il faut maintenant étendre davantage cet écosystème dans les régions comme nous l’avons fait avec le Living Lab Lanaudière, mais il reste encore beaucoup de travail à faire en ce sens dans la province, et c’est le mandat d’Arche Innovation. »