Après une période de crise importante au début des années 2010, le secteur pharmaceutique et des sciences de la vie connaît une véritable renaissance à Montréal ces dernières années. La clé de ce succès réside dans la collaboration entre les différents acteurs qui ont su tirer parti de la restructuration de l’industrie pharmaceutique mondiale en misant sur la décentralisation de la recherche.

Antoine Trussart
Antoine Trussart Collaboration spéciale

À la suite de la crise financière de 2008, Montréal perd coup sur coup les centres de recherche des géants pharmaceutiques Merck, Pfizer, Boehringer Ingelheim et AstraZeneca. L’industrie mondiale est en restructuration et le Québec en paie le prix.

Les multinationales cherchent à réduire leurs coûts de recherche et développement en créant des partenariats avec des plus petites sociétés en biotechnologies, qu’on appelle des CRO pour contract research organization ou société de recherche contractuelle.

Voyant venir cette tendance et désireux de conserver le bassin de talents à Montréal, d’anciens employés d’AstraZeneca convainquent l’entreprise de céder ses installations de Saint-Laurent pour fonder l’institut NeoMed en 2012. Il a depuis été fusionné avec une autre entité pour former adMare BioInnovations. C’est autour de ce centre que la renaissance du secteur pharmaceutique montréalais s’opère depuis, appuyée par de nombreuses organisations et tous les ordres de gouvernement.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Carl Baillargeon, ambassadeur chez Le HUB Montréal

« Au lieu de se fier à la présence de grosses entreprises pharmaceutiques, les gens du milieu des technologies des sciences de la santé se sont dit : “On a les capacités parce qu’on a la formation nécessaire dans les universités.” On a aussi ce personnel un peu moins cher qu’aux États-Unis », explique Carl Baillargeon, ambassadeur chez Le HUB Montréal, le hub des sciences de la vie et des technologies de la santé.

Tout un écosystème s’est créé autour d’adMare, qui accueille de petites entreprises de recherche pharmaceutique, leur fournit des laboratoires et des bureaux et leur offre une panoplie de services afin de les aider à se mettre en marché.

« On a l’expertise de recherche à l’interne, on a des infrastructures. AdMare est le catalyseur, le cœur de ce hub en sciences de la vie », dit Mounia Azzi, vice-présidente, développement des programmes et partenariats, chez adMare.

L’expérience a fonctionné et de nombreuses petites entreprises ayant démarré au sein d’adMare ont pu quitter ses murs à la recherche de locaux plus grands à proximité, avec l’aide entre autres de HUB Montréal.

L’avenir : la production pharmaceutique

Peu après sa fondation en 2019, le Centre d’expertise et de recherche appliquée en sciences pharmaceutiques (CERASP) s’installe lui aussi dans le centre d’innovation adMare afin d’amener le secteur pharmaceutique vers de la recherche plus appliquée et de la production de médicaments.

En tant que Centre collégial de transfert de technologie (CCTT), le CERASP sert de pont entre les cégeps et l’industrie pour mieux arrimer les formations offertes aux besoins du marché. Il offre également une panoplie de services entrepreneuriaux aux jeunes pousses et PME.

Une petite entreprise arrive avec une découverte, une molécule. Et nous demande comment la commercialiser. Est-ce que le client sera une autre pharma ? Est-ce que la molécule devient un ingrédient ? Un médicament ? Une crème ?

Christina Aon, directrice générale du CERASP

Si la recherche fondamentale a su revivre à Montréal grâce à son important bassin de diplômés universitaires et à ses nombreuses CRO, il en va autrement pour la recherche appliquée et la production.

« On l’a bien vu avec la pandémie, au Québec, il y a un manque au chapitre des infrastructures de production », constate Mme Aon.

En collaboration avec les cégeps Gérald-Godin et John-Abbott, le CERASP a donc créé des formations de courte durée pour pallier ce manque de main-d’œuvre. Des travailleurs déjà employés en biotechnologies et même dans l’industrie alimentaire peuvent ainsi se réorienter rapidement vers des postes en production pharmaceutique sans avoir à passer nécessairement par un programme collégial complet, comblant un besoin pressant dans l’industrie.

« On a tous les ingrédients, l’avenir ne peut être que positif », croit Mounia Azzi.