L’expertise montréalaise en intelligence artificielle (IA) attire des gens de partout dans le monde. C’est du moins ce qui a séduit Recursion Pharmaceuticals, de Salt Lake City, spécialisée dans la recherche médicale utilisant l’intelligence artificielle. Cette firme de l’Utah reconnaît déjà que Montréal sera un des grands pôles mondiaux du développement de l’IA, et elle ne veut pas rater l’occasion.

Jean Gagnon Collaboration spéciale

À la suite des efforts de l’agence de promotion économique Montréal International, Recursion a annoncé en juin dernier qu’elle louait de l’espace de bureau chez Mila, qui se décrit comme une communauté de plus de 500 chercheurs située au cœur de l’écosystème québécois en intelligence artificielle, et qui se spécialise en apprentissage machine (machine learning).

« La métropole québécoise nous apparaît depuis des années comme une destination inévitable dans la poursuite de nos objectifs, compte tenu de l’immense bassin de talent que l’on y retrouve », explique Heather Kirby, responsable des ressources humaines chez Recursion. La firme compte engager 12 chercheurs pour ses activités de Montréal. Elle signale que le réputé chercheur Yoshua Bengio, fondateur et directeur scientifique du Mila, agit depuis quatre ans à titre de conseiller scientifique auprès de l’entreprise.

Et c’est sans compter la culture que l’on retrouve au Québec, qui s’avère semblable à celle de l’entreprise, ajoute Mme Kirby. « L’intelligence et l’empathie de la population du Québec ressemblent en tout point à celles des gens qui travaillent pour la compagnie à Salt Lake City », dit celle qui a fait de nombreux séjours au Québec au fil des ans.

En s’installant à Montréal, Recursion Pharmaceuticals voit à long terme, explique Heather Kirby. Elle compte profiter du talent qu’offre Montréal en intelligence artificielle et en apprentissage machine pour assurer son succès dans 10 ans. « Du talent jaillira le succès », affirme-t-elle.

L’IA santé, une priorité au Québec

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Stéphanie Doyle, directrice, développement des affaires, sciences de la vie et technologies de la santé de Montréal International

La volonté de Montréal International de développer les outils d’intelligence artificielle et d’apprentissage machine ne laisse aucun doute, explique Stéphanie Doyle, directrice, développement des affaires, sciences de la vie et technologies de la santé. En janvier, accompagnée de Montreal InVivo et avec le soutien de Deloitte, Montréal International a orchestré et déposé auprès du gouvernement québécois le projet Zone IA Santé.

Deux créneaux prioritaires en vue de bien positionner le Québec à l’étranger ont été établis, soit la médecine préventive et la valorisation des mégadonnées en santé.

On compte attirer 4 milliards de dollars d’investissements privés d’ici 2022, ce qui fera du Québec l’un des cinq pôles nord-américains les plus importants du secteur des sciences de la vie d’ici 2027. D’où l’attrait que Montréal suscite pour des firmes comme Recursion Pharmaceuticals.

Une firme bien positionnée

Recursion, devenue une entreprise publique il y a quatre mois à la suite de son inscription à la Bourse NASDAQ, travaille déjà sur 48 programmes de recherche et de développement afin de découvrir de nouveaux médicaments et de nouvelles solutions médicales. Parmi ces programmes, 4 sont au stade clinique, 4 autres en préclinique, 7 en découverte avancée et, finalement, 33 proviennent de découvertes récentes.

L’intelligence artificielle et l’apprentissage machine reposent sur la collecte et l’utilisation de mégadonnées. Chez Recursion, le total d’expériences phénomiques, soit la recherche transdisciplinaire qui implique la biologie, les sciences des données et l’ingénierie, atteint 82 millions, et l’ampleur de son univers de données propriétaires est de 9 pétaoctets.

Recursion s’appuie sur son système d’opération à multiples facettes qui lui permet de générer, d’analyser de multiples situations et d’en tirer un aperçu. L’apprentissage machine lui permet de décortiquer les modèles complexes de la biologie. Ses données et ses systèmes logiciels lui assurent la capacité de poursuivre ses recherches vers la découverte de nouvelles thérapies, à une vitesse et avec une ampleur exceptionnelles.