« Le meilleur moment pour démarrer quelque chose, c’est quand il ne se passe rien. »

Antoine Trussart
Antoine Trussart Collaboration spéciale

C’est au moment où l’industrie pharmaceutique montréalaise était à son plus bas qu’Arshad Siddiqui a décidé de fonder Paraza Pharma. Il avait alors l’espoir de profiter de l’abondance de main-d’œuvre de recherche qualifiée et de refaire de Montréal un centre névralgique de la recherche en sciences de la vie. Dix ans plus tard, son entreprise est un exemple probant de la renaissance du secteur pharmaceutique.

« Il y avait une réelle occasion favorable à l’époque, se souvient M. Siddiqui, PDG de Paraza Pharma. Le meilleur moment pour démarrer quelque chose, c’est quand il ne se passe rien. »

Fort de son expérience à Montréal et chez Merck dans la région de Boston, M. Siddiqui croit à l’époque qu’il y a une demande à combler sur le plan de la recherche de très haut niveau que les grandes entreprises cherchent à sous-traiter.

« Les entreprises ne veulent pas avoir de coûts fixes. Elles peuvent sous-traiter une partie de leur recherche en Asie, mais le problème est que la main-d’œuvre là-bas n’est pas assez bien formée », illustre-t-il.

Paraza Pharma est créée en 2011 et installe d’abord ses deux employés dans les locaux du Centre québécois d’innovation en biotechnologie (CQIB) à Laval, non loin de l’institut Armand-Frappier, où M. Siddiqui a fait ses premières armes il y a une trentaine d’années. En 2013, elle déménage ses laboratoires à l’institut NéoMed (aujourd’hui adMare BioInnovations), dans le Technoparc de l’arrondissement de Saint-Laurent, où elle garde un port d’attache encore aujourd’hui, même après avoir déménagé dans des locaux de 70 000 pi2 où travaillent ses 220 employés.

Montréal profite de sa proximité avec le centre névralgique de l’industrie pharmaceutique aux États-Unis, situé à Boston. De fortes relations se sont tissées entre les entreprises des deux villes. D’ailleurs, près de 90 % du chiffre d’affaires de Paraza provient de contrats avec des sociétés américaines.

Pleinement intégrée

Arshad Siddiqui ne considère pas Paraza comme une société de recherche contractuelle (CRO, selon l’acronyme anglais), un modèle qu’ont choisi beaucoup de sociétés montréalaises.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

Arshad Siddiqui, fondateur de Paraza Pharma

Nous nous considérons comme une organisation de recherche pleinement intégrée. Nous développons les programmes de recherche conjointement avec nos clients et nous avons co-déposé près de 40 demandes de brevet avec eux.

Arshad Siddiqui, fondateur de Paraza Pharma

Son entreprise offre des services tant de chimie que de biologie, ainsi que des services de vérification de la sécurité des molécules étudiées.

Le secteur pharmaceutique et des sciences de la vie montréalais est encore plus fort qu’il l’était avant la vague de fermetures des grands acteurs, selon lui. « Il a été revigoré et je dois dire qu’il est encore plus résilient parce que formé de beaucoup de petites compagnies qui sont plus innovantes et plus agiles », explique-t-il.

La collaboration entre les entreprises établies au Technoparc et réunies autour d’adMare BioInnovations a été primordiale au succès de Paraza, qui a pu bénéficier de relations symbiotiques autant avec d’autres PME en biotechnologies qu’avec des partenaires des universités de recherche.

M. Siddiqui a bon espoir de voir son entreprise encore doubler de taille dans les cinq prochaines années.

Avec la COVID-19, il y a eu une énorme résurgence dans les investissements dans le secteur des biotechnologies. On s’attend à ce que la croissance des investissements soit phénoménale en Amérique du Nord dans les cinq prochaines années.

Arshad Siddiqui

La pandémie a bien montré, selon lui, l’importance d’un secteur pharmaceutique et de biotechnologies fort.

« Le Canada doit continuer de valoriser son incroyable bassin de talent » et faciliter l’accès au capital pour les entrepreneurs, afin d’assurer l’avenir de son secteur des sciences de la vie, conclut M. Siddiqui.