La présence des femmes dans la finance québécoise remonte à de nombreuses années, mais est-ce que l’on se démarque vraiment ? On trouve peu de statistiques – à part celles de l’Association des banquiers canadiens – permettant de répondre à la question. Mais une chose est sûre, le travail de l’Association des femmes en finance du Québec ne passe pas inaperçu.

Jean Gagnon Collaboration spéciale

Dynamiser la place des femmes

Le travail de l’Association des femmes en finance du Québec (AFFQ) fait en sorte que l’on se démarque par rapport au reste du Canada en ce qui concerne la place des femmes en finance, affirme intuitivement Marie-Claude Beaulieu, professeure de finance à l’Université Laval. Bien qu’elle ne puisse s’appuyer sur aucune statistique, Marie-Hélène Noiseux, professeure de finance à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, fait un peu le même constat concernant la situation à l’étranger, affirmant que les Québécoises se démarquent si on les compare à la situation qui prévaut en France. Son constat s’appuie sur ses observations faites lors de nombreux séjours à Paris, où elle enseigne.

Les chiffres des banques

Dans les banques canadiennes, en 2019, les femmes occupaient 49,1 % des postes de gestion intermédiaires et 37,9 % des postes de gestion séniors. En 2020, les femmes occupaient en moyenne 39 % des sièges dans les conseils d’administration des six grandes banques canadiennes. Ces chiffres sont assez révélateurs si l’on considère que sur la scène mondiale, la présence des femmes dans les conseils d’administration des grandes firmes de services financiers n’est que de 23 %, selon les chiffres fournis par la firme Catalyst. Une étude récente de Bloomberg confirme d’ailleurs que les femmes sont plus susceptibles d’occuper des postes de dirigeante ou d’administratrice dans les banques canadiennes que dans les banques américaines.

Les conseillères en placement

Au moins la moitié des planificateurs financiers au Québec sont des femmes. Chez les comptables, la proportion des femmes ne cesse d’augmenter. Mais chez les conseillers en placement, ceux qui assistent les gens dans la gestion de leur portefeuille, c’est une tout autre affaire. Seulement 20 % des conseillers sont des femmes. Encore là, la situation ne serait pas différente dans le reste du Canada, de même que chez nos voisins du Sud. Des facteurs comme les mesures de performance qui portent plus sur les bénéfices financiers des employeurs que sur l’impact sur la clientèle sont à l’origine de cet écart, selon les experts consultés.

La finance pure et dure

La professeure Marie-Claude Beaulieu a des champs d’expertise qui font partie de ce qu’elle appelle la finance pure et dure. Elle donne un cours sur les produits dérivés à la maîtrise et un autre sur la finance empirique au doctorat. Il n’y a que 10 % de femmes dans ses salles de cours. Et ça ne semble pas vouloir bouger. « La finance pure et dure, ça demeure l’affaire des hommes », dit-elle. Et cette situation au Québec n’est pas différente de celle qui prévaut ailleurs, selon elle. Pourtant, les femmes obtiennent de très bons résultats, constate-t-elle.