Au terme de deux années d’efforts, l’industrie canadienne de l’aluminium vient de réaliser une « première mondiale » en matière de traçabilité avec la mise en place d’une plateforme infonuagique d’authentification.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« C’est une grande réalisation, souligne Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada [AAC]. Cela va nous permettre de certifier et de documenter l’authenticité de la provenance canadienne du métal dans nos neuf usines. »

Il ajoute : « Nous venons de créer, en quelque sorte, une autoroute de l’information qui nous procurera, à titre d’industrie qui exporte 80 % de sa production, un avantage certain sur la concurrence ailleurs dans le monde. »

Parce qu’il faut comprendre que l’enjeu véritable, derrière cette démarche, consistait à « assurer au marché américain » que le métal des usines canadiennes était bel et bien... canadien.

« On s’était fait accuser faussement [par les États-Unis, en 2018] d’être un pays de réception de métal, déplore-t-il. Il était devenu important de faire la démonstration que le métal qu’on exporte là-bas, c’est notre métal à nous et qu’il est fondu dans nos usines. »

Il fait en outre valoir que cette innovation – en partie financée par le gouvernement fédéral et réalisée en étroite collaboration avec le Groupe Optel, firme de Québec spécialisée dans les solutions de traçabilité – devrait contribuer à « densifier les liens commerciaux » avec les clients des alumineries.

PHOTO FOURNIE PAR PCP ALUMINIUM

En vertu du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), 70 % de l’aluminium doit provenir des pays signataires.

Tout cela, précise-t-il, dans un contexte économique très concurrentiel où les exigences sur les questions environnementales sont de plus en plus pointues de l’autre côté de la frontière. Sans compter qu’en vertu du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), 70 % de l’aluminium doit provenir des pays signataires.

« Désormais, avec cette plateforme, on pourra garantir en temps réel l’authenticité et la provenance [canadienne] du chargement, explique Jean Simard. La documentation sera robuste et inattaquable, avec le marquage des lots ou des parties de lots expédiés par bateau, par train ou par camion. »

Nous prenons les devants, nous sommes précurseurs. Cet outil technologique facilitera les choses à la frontière américaine. Ainsi, les douaniers pourront, à partir de leur écran d’ordinateur, prendre connaissance de toutes les informations requises contenues dans le chargement expédié aux États-Unis.

Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC)

Inspiré du… pharmaceutique

Fait à souligner, la technologie mise de l’avant pour confirmer la provenance de l’aluminium est inspirée de ce qui se fait déjà dans le secteur... pharmaceutique.

« La traçabilité dans les médicaments, c’est le pain et le beurre de notre entreprise depuis une dizaine d’années, convient Ken Fallu, chef de la stratégie au sein du Groupe Optel. Nous nous sommes imposés dans ce domaine. Et nous voilà maintenant dans l’aluminium, le minier et l’agroalimentaire, et même les sols contaminés. »

Il ajoute : « Il ne fait pas de doute que notre champ d’action s’élargit et que nous mettons à contribution l’expertise que nous avons développée au fil des années. »

Ken Fallu voit dans la démarche des grandes industries, comme c’est le cas pour l’aluminium, une volonté de faire la promotion de produits fabriqués localement, de manière à réduire l’empreinte carbone.

« En raison de la COVID-19, on mesure de plus en plus l’impact des gaz à effet de serre, observe-t-il. On tend vers une énergie plus verte. Il y a une conscientisation. »

La plateforme, qui est déjà implantée dans les neuf usines d’aluminium au pays, sera « opérationnelle » d’ici à deux mois.