Il arrive que des gens au tournant de la soixantaine voient leur planification de retraite voler en éclats parce qu’ils perdent leur emploi de façon temporaire ou permanente. COVID-19 oblige, ils ont probablement été plus nombreux en 2020. Que faire ?

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

D’abord, s’assurer de bien valider la situation dans laquelle on se retrouve, explique Nathalie Bachand, de Bachand Lafleur Groupe conseil. Vous aviez fixé votre retraite à 65 ans, croyant que c’est à ce moment que vous aurez les ressources financières pour le faire, mais peut-être les avez-vous dès maintenant. Bien des gens ont en tête l’âge de 65 ans parce que c’est traditionnellement reconnu comme étant l’âge de la retraite. C’est ce qu’il vous faut d’abord valider. « Si ce n’est pas le cas, comme vous le craignez, alors il faut refaire votre planification financière, en étant conscient qu’il y aura des sacrifices à faire », dit Mme Bachand.

Indépendance financière

Pour vous placer dans un bon état esprit pour affronter la réorganisation qui s’impose, oubliez le mot « retraite » et remplacez-le par « indépendance financière », suggère Daniel Lanteigne, planificateur financier et associé principal chez Reverber Stratégies financières intégrées. Alors, le chiffre de 65 ans disparaît et, avec, le stress qui l’accompagne. L’indépendance financière sera atteinte le jour où l’on n’aura plus besoin de revenus de travail. Le plan sera en conséquence.

La capacité de travailler et le mode de vie seront les éléments à examiner de près, explique M. Lanteigne. Vous avez perdu votre emploi, mais il y en a probablement bien d’autres que vous pourriez envisager, bien qu’ils pourraient être moins rémunérateurs. Il existe peut-être aussi des occasions d’emploi à temps partiel pour plusieurs années à venir, si vous en avez la capacité physique, bien sûr.

Il vous faudra également ajuster vos coûts. « Il faut relativiser son coût de la vie en éliminant le superflu », dit le planificateur financier.

Il importe de ne pas se blâmer pour les problèmes que l’on affronte et de s’adapter à la nouvelle réalité.

Daniel Lanteigne

Trois risques demeureront présents sur la route de l’indépendance financière : la longévité, les marchés financiers et l’inflation. Votre plan financier doit en tenir compte. Le REER continuera d’être un véhicule à privilégier, car l’épargne sera certes un élément important de votre plan vers l’indépendance financière. « Vous devrez l’utiliser de façon efficace, c’est-à-dire aux moments où le taux de récupération des montants cotisés sera suffisamment élevé », dit M. Lanteigne.

Les programmes gouvernementaux

Épargner plus dans la mesure du possible et retarder la retraite sont bien sûr les éléments qui viennent le plus vite à l’esprit pour rétablir la situation et espérer accéder un jour à une retraite agréable. Mais il ne faut surtout pas oublier le facteur de longévité. « Et c’est pourquoi il importe de considérer de retarder les paiements de la Régie des rentes et ceux de la Pension pour la sécurité de la vieillesse [PSV] », explique Steve Mc Cready, planificateur financier, Banque Nationale.

Il serait tentant de vouloir toucher la rente de la RRQ dès l’âge de 60 ans étant donné le manque de liquidités que cause la situation actuelle. Mais la différence entre les montants que reçus est énorme si on attend jusqu’à l’âge de 70 ans. Les prestations seront 42 % plus élevées si on attend à 70 ans plutôt que de commencer à les recevoir à 65 ans. Même chose pour la PSV, où l’écart est de 37 %. Et cela, jusqu’à la fin de la vie. C’est un pensez-y-bien.