La philanthropie de proximité est un concept qui ne date pas d’hier. En marge de la crise de la COVID-19, les Québécois se sont tournés vers l’achat local et, surtout, vers leur communauté. Du coup, ils ont permis à ce type de philanthropie de sortir de l’ombre pour enfin rayonner. Explications.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

La philanthropie de proximité mise sur l’intérêt du grand public et sur le fait d’être concerné et de se sentir connecté émotionnellement avec un organisme ou une cause, résume Diane Alalouf-Hall, doctorante en sociologie à l’UQAM.

Les organismes communautaires, mais aussi les compagnies théâtrales, les musées, les hôpitaux et les universités peuvent bénéficier de la philanthropie de proximité.

« Ce type de philanthropie est composé de donateurs et de donatrices fidèles et impliqués. Ils sont au rendez-vous, surtout dans les périodes difficiles comme celle que nous traversons actuellement », précise celle qui est également chercheuse et coordonnatrice de PhiLab Québec.

En mars dernier, en mettant en place le site jebenevole.ca, le gouvernement de François Legault a, à sa façon, fait la promotion de la philanthropie de proximité.

Si elle apparaît comme nouvelle pour certains organismes, pour d’autres (qui sont plus petits, moins médiatisés ou dont les causes sont plus “invisibles”), la philanthropie de proximité est au cœur de leurs stratégies depuis des années, et ce, bien avant que la pandémie ne révèle l’importance de ce bassin de donateurs.

Diane Alalouf-Hall, doctorante en sociologie à l’UQAM et coordonnatrice de PhiLab Québec

Organisme dans le vent

Le modèle d’affaires de l’organisme montréalais Santropol Roulant reposait déjà sur la philanthropie de proximité. La pandémie de COVID-19 n’a fait que confirmer la chose. En temps normal, ce service alimentaire (ferme urbaine, popote roulante, etc.) dispose d’une armée de quelque 2500 bénévoles et de fidèles donateurs.

« Dès le mois de mars, de 400 à 500 nouveaux bénévoles ont cherché à nous donner un coup de main. Malheureusement, les mesures sanitaires ont fait en sorte que nous avons dû diminuer nos besoins en bénévoles », explique Pier Liné, directeur général.

Quant aux dons, ils se sont multipliés. Le budget d’exploitation de Santropol Roulant est passé de 1,2 à 1,5 million de dollars. « En temps de pandémie, on a choisi d’augmenter le nombre de repas livrés, de paniers alimentaires et de repas surgelés, sans même savoir si l’argent suivrait, dit-il. Heureusement, nos donateurs ont été extrêmement généreux. Le fait que le gouvernement nous a qualifiés de service essentiel dès le début de la pandémie nous a beaucoup aidés. »

Présent dans le secteur culturel

La philanthropie de proximité a aussi beaucoup fait parler d’elle dans le secteur culturel depuis le printemps dernier. Par exemple, de nombreux adeptes d’opéra ou de théâtre ont refusé qu’on les rembourse pour les spectacles annulés à cause de la COVID-19. À la place, ils ont préféré faire don de cet argent.

Wendy Reid, professeure agrégée à HEC Montréal, publiait plus tôt cet automne une étude sur la philanthropie de proximité, commandée par le Conseil des arts de Montréal (CAM).

Selon elle, dès le début de la crise sanitaire, les organismes artistiques ont reçu « des expressions d’amitié, d’identification et d’appui par un très grand nombre de leurs spectateurs et visiteurs ».

« Nous sommes dans une période charnière pour le développement de la philanthropie dans le milieu des arts, dit-elle. Dans un contexte de pandémie et de relance économique, la philanthropie de proximité est une des solutions d’avenir pour consolider le développement du milieu artistique montréalais. »