Pour plusieurs, l’innovation est le fer de lance de la reprise économique amorcée depuis quelques mois. Mais encore faudra-t-il jouer en équipe pour que les idées prometteuses permettent au Québec de tirer son épingle du jeu. Survol.

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Il roule sur quatre roues et peut enlever la mauvaise herbe par lui-même. Le tracteur électrique et autonome ERION a accompli cette tâche lors de premiers essais réalisés durant la dernière année dans le champ des Fermes Belvache, à Sainte-Anne-des-Plaines. Depuis 2018, Elmec, une PME de Shawinigan qui produit des bornes de recharge pour véhicules électriques, et l’Institut du véhicule innovant (IVI), un centre collégial de transfert technologique affilié au cégep de Saint-Jérôme, collaborent au développement de ce robot.

Prochaines étapes : perfectionner les batteries et mettre au point un système pour que les appareils puissent se recharger sans intervention.

Au départ financé par InovÉÉ, un regroupement sectoriel de recherche industrielle consacré aux innovations en énergie électrique, le projet vient de recevoir 4,1 millions du ministère de l’Économie et de l’Innovation. Jean-Marc Pittet, président-directeur général d’Elmec et agriculteur de métier, assure que la création de ce tracteur autonome a toujours trouvé au Québec le soutien dont il avait besoin. « On est en agriculture et les gens sont conscients qu’il faut nourrir les gens », dit-il. « Et on répond à la rareté de la main-d’œuvre. »

PHOTO FOURNIE PAR ELMEC

Le tracteur électrique autonome ERION

L’innovation et la transformation numérique constituent en effet une partie de la réponse à la pénurie de main-d’œuvre, croit Pascal Monette, président-directeur général de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ). Mais elles pourraient aussi jouer un rôle plus grand dans la reprise économique.

Le Québec est petit et doit exporter pour créer sa richesse. Et pour réussir sur les marchés internationaux, il faut innover pour réduire nos coûts et améliorer nos processus.

Pascal Monette, président-directeur général de l’ADRIQ

Et il n’est pas seulement question de développement de nouvelles technologies. « On peut innover dans son modèle d’affaires lorsqu’un de ses marchés disparaît et qu’un autre apparaît », ajoute-t-il.

Le Québec, un terreau fertile pour l’innovation ?

Si l’innovation peut stimuler la relance, le contexte dans la province est-il favorable aux entreprises innovantes ? Pascal Monette se réjouit d’une augmentation des collaborations depuis qu’il est entré en poste en 2014. Et la tendance semble s’accélérer.

Dans la suite du projet de tracteur autonome, Elmec s’associera à d’autres partenaires, dont des universités, des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) et des entreprises. De plus, la PME de 25 employés est membre de la Zone Agtech, une initiative de la MRC de L’Assomption et de la grappe des technologies propres Écotech Québec. Elle vise à regrouper, sur le site de l’ancienne usine Electrolux, des entreprises, des scientifiques, des agriculteurs et des institutions financières intéressés par le développement de technologies agricoles.

L’union fait la force

Le gouvernement du Québec semble vouloir encourager la création de tels pôles, alors qu’il annoncera le financement prochain de « zones d’innovation » en mesure d’attirer des investissements privés et étrangers et de favoriser le passage d’une idée au marché. Quant au gouvernement fédéral, il a accordé, en 2017, 950 millions sur cinq ans pour la création de supergrappes, dont celle des chaînes d’approvisionnement axées sur l’intelligence artificielle Scale AI dans le corridor Québec-Windsor.

« L’idée derrière un écosystème d’innovation ou une supergrappe, c’est que l’union fait la force, et on risque de mieux se défendre sur le terrain des exportations », souligne Catherine Beaudry, professeure à Polytechnique Montréal. L’experte en matière d’écosystèmes d’innovation considère qu’il s’agit aussi d’une avenue intéressante pour que l’économie redémarre, même si d’importants acteurs d’une industrie ferment. « Les écosystèmes d’innovation sont une alternative probablement plus viable et agile que de miser sur un prochain Nortel ou BlackBerry. » Après avoir étudié de près les supergrappes, la chercheuse souligne néanmoins que les indicateurs de performance pour évaluer leurs impacts doivent être revus pour inciter leurs acteurs à travailler ensemble. Autrement, ils pourraient entrer en concurrence les uns avec les autres, notamment en se volant des employés, dans « un jeu à somme nulle dont personne ne sort gagnant ».