Les programmes universitaires changent très lentement, mais les professeurs ne peuvent faire abstraction de l’actualité et ils s’adaptent en conséquence. Ainsi, la pandémie de COVID-19 et ses effets ont déjà commencé à influer sur le contenu des cours dans plusieurs domaines d’études.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Avril 2020. L’économie du Québec et du Canada est au ralenti alors que plusieurs industries ont franchement réduit, voire cessé leurs activités. Quelles sont les heures travaillées en hôtellerie, par exemple ? Pour le savoir, on se tourne normalement vers l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail de Statistique Canada.

« Or, ces données sont disponibles avec deux mois de retard, donc en avril, on avait accès aux données de février, ce qui ne nous aidait pas du tout à voir l’état de la situation », explique Etienne Lalé, professeur et chercheur au département des sciences économiques de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

La crise a donc permis le développement de nombreux autres outils statistiques basés sur l’exploitation de données en ligne qui permettent aux chercheurs de construire des indicateurs en temps réel.

« Ces données appartiennent généralement à des entreprises privées qui ont intérêt à ce que les chercheurs les utilisent pour obtenir davantage de visibilité, précise M. Lalé. Par exemple, je travaille avec les données massives de Homebase, une application américaine qui permet de suivre les heures de travail des employés. On a pu construire au jour le jour une estimation des heures travaillées dans différents secteurs de l’économie américaine. »

Bien sûr, il y a des biais dans ces sources de données.

Par exemple, les entreprises qui utilisent Homebase sont plutôt petites, parce que les grandes ont leur propre système de pointage. On amène les étudiants à réfléchir aux biais afin de comprendre les limites des données fournies par ces plateformes qui deviennent des sources d’information complémentaires aux données officielles.

Etienne Lalé

De l’activité physique à la philosophie

Faire de l’activité physique, pratiquer un sport ou simplement bouger pendant sa journée sont devenus de grands défis pour plusieurs en temps de pandémie alors que les centres sportifs sont fermés et que tout se passe désormais devant un écran. Or, le fait de bouger au quotidien a un grand impact sur la santé des gens.

« Plusieurs professeurs du département de santé, de kinésiologie et de physiologie appliquée sont en train de regarder comment la COVID-19 et la distanciation physique affectent la santé des gens et les traitements qu’on peut faire », remarque Anne Whitelaw, vice-rectrice aux affaires académiques par intérim de l’Université Concordia.

Elle mentionne d’ailleurs que plusieurs professeurs intègrent maintenant la télémédecine dans leur enseignement.

Anne Whitelaw remarque aussi que même dans un domaine comme la philosophie, le contenu des cours est influencé par la pandémie.

« Une chargée de cours me racontait que, dans son cours d’introduction aux problèmes de philosophie, elle prend des questions soulevées par des philosophes, comme Michel Foucault qui s’intéressait beaucoup à la surveillance sociétale, et elle amène les étudiants à y répondre avec des exemples tirés de la COVID-19. »