Il fallait s’y attendre, la pandémie de COVID-19 n’a pas épargné le secteur de l’aluminium. L’aéronautique et l’automobile, deux secteurs névralgiques pour l’aluminium, ont été frappées de plein fouet, et la relance va prendre un certain temps. L’engouement pour l’approvisionnement local et le développement durable pourraient toutefois accélérer les choses. Survol.

JEan Gagnon
Collaboration spéciale

Le secteur de l’aluminium compte trois gros producteurs primaires, soit Alcoa, Rio Tinto et Alouette. Mais c’est aussi plus de 1400 entreprises qui constituent l’écosystème de la transformation de la matière première. Et là aussi, l’impact de la pandémie a été important. « Tous les acteurs de l’industrie ont été chamboulés », résume Yvon Laplante, directeur du développement des affaires chez Verbom, leader de la transformation du métal en feuille.

Comme plusieurs transformateurs, Verbom importe de l’aluminium ayant déjà subi une première transformation. Ses fournisseurs se retrouvent principalement aux États-Unis, au Japon et en Allemagne.

Nos chaînes d’approvisionnement ont été complètement perturbées », dit M. Laplante. « Comme manufacturier, nous avons dû arrêter la production, et ce sera une année complètement perdue.

Yvon Laplante, directeur du développement des affaires chez Verbom

Il a néanmoins pris les mesures à sa disposition afin de retenir son personnel, étant donné que l’offre de main-d’œuvre qualifiée n’est pas nécessairement abondante dans ce secteur. Il y a eu l’aide gouvernementale, mais cela n’a pas suffi à combler le déficit, estime-t-il.

Pour les producteurs primaires, la demande a été fortement affectée, ce qui fait que l’offre est vite devenue nettement supérieure à la demande, souligne Martin Charron, président-directeur général d’AluQuébec, la grappe industrielle de l’aluminium du Québec.

Du côté des transformateurs, la plupart se sont retrouvés dans une situation semblable à celle de Verbom et ont eu à réduire, si ce n’est à freiner complètement, la production. La situation était d’autant plus complexe pour les firmes impliquées aux États-Unis alors que l’incertitude quant aux tarifs et les fermetures aux frontières nuisaient à la bonne marche des activités.

Relance par l’achat local et le développement durable

Mais on s’attend à des lendemains meilleurs. L’industrie de l’aluminium vit une baisse conjoncturelle et non structurelle, croient les gens du secteur. La faiblesse causée par la pandémie ne sera pas permanente. Chez AluQuébec, on prévoit une recrudescence des marchés locaux. « Les facteurs fondamentaux pour l’utilisation de l’aluminium à l’échelle mondiale sont bien présents », croit Martin Charron.

AluQuébec cible plusieurs grandes tendances avec lesquelles l’industrie de l’aluminium devra composer au cours des prochaines années si elle entend conserver sa place prépondérante comme deuxième secteur d’exportation au Québec après l’aérospatiale.

D’abord, on sent une certaine tendance à la baisse pour le prix de l’aluminium, ainsi qu’une diminution de la demande qui pourrait persister. Mais on perçoit également un goût pour l’approvisionnement local, ce qui pourrait fournir de nombreuses occasions.

Le rôle des gouvernements au chapitre des infrastructures constituera un vecteur important. L’industrie doit s’assurer d’y participer avec les produits de l’aluminium.

De plus, l’intérêt fortement à la hausse pour le développement durable devrait être porteur pour l’industrie. « Elle est bien placée compte tenu de la très faible composante carbone de l’aluminium, qui devient ainsi un facilitateur de l’investissement durable. On n’a qu’à penser aux batteries, au solaire et à l’éolien », dit Martin Charron.

Enfin, toute la question du recyclage fournira à l’industrie l’occasion de se pencher sur les façons de maximiser la réutilisation de l’aluminium.

L’industrie de l’aluminium au Québec

Trois producteurs primaires de classe mondiale (9000 emplois), Alcoa, Rio Tinto et Alouette, produisent 2,9 millions de tonnes d’aluminium primaire, représentant 60 % de la capacité nord-américaine.

Un écosystème de plus de 1400 entreprises de transformation et équipementiers (21 000 emplois), deuxième secteur d’exportation après l’aérospatiale, avec un chiffre d’affaires d’avant la pandémie de 6,7 milliards.

Source : AluQuébec