L’aluminium a beau être le troisième élément en abondance dans la croûte terrestre, le procédé pour en faire un matériau fini est très polluant parce qu’il est difficile à extraire de la roche. Uniquement au Canada, toutes les fois qu’une tonne d’aluminium est produite, c’est 1,87 tonne de CO2 qui est rejetée dans l’air.

Julie Roy
Collaboration spéciale

Le même procédé depuis 130 ans

Devant ce constat, des chercheurs comme Houshang Alamdari, docteur en génie métallurgique, s’affairent à changer une partie de la recette de fabrication de l’aluminium afin de la rendre plus verte. « Depuis 130 ans, c’est toujours le même procédé. On extrait la bauxite qu’on transforme en alumine. Cette dernière passe ensuite dans la cuve à électrolyse avant de devenir de l’aluminium liquide qui est ensuite changé en produit », explique brièvement le directeur du centre de recherche REGAL.

Le pétrole en cause

C’est la partie concernant l’électrolyse qui occupe le chercheur depuis 10 ans. Pour effectuer l’électrolyse, il faut de l’électricité, bien sûr, ce que possède le Québec en grande quantité, mais il faut aussi des blocs d’anode de carbone précuits qui permettent le passage du courant électrique. Le problème, c’est que ces anodes sont fabriquées à partir de coke de pétrole et de brai (une sorte de goudron), deux produits issus de résidus de pétrole. Au fur et à mesure que les anodes se consument, elles rejettent du CO2 dans l’atmosphère en raison notamment de la présence de ces deux composés.

Des solutions plus vertes

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ LAVAL

Houshang Alamdari, docteur en génie métallurgique

Il faut donc trouver une solution de rechange au coke de pétrole et au brai en utilisant à la place des sources de carbone renouvelable. « On veut se servir du charbon de bois, qui est présent en grande quantité chez nous avec les résidus forestiers et de la biomasse. En se servant de cette ressource, oui, on va quand même rejeter du CO2, mais qui s’intègre dans le cycle de l’environnement », souligne le scientifique. La valorisation de cette biomasse a été confiée à Pyrovac, une entreprise de Lévis.

Encore de nombreux défis à relever

Le remplacement du brai par la biohuile est sur la bonne voie. « La question scientifique est réglée. Nous sommes en phase de développement et la mise en marché est pour bientôt », affirme M. Alamdari. Quant au coke de pétrole, difficile de dire quand la question sera réglée. « Le charbon de bois ne répond pas encore aux spécifications très strictes requises pour l’anode. Par exemple, il ne faut pas que le bloc qui pèse une tonne se brise, on doit faire des analyses sur la résistivité, etc. Ensuite, on doit faire une évaluation économique, car nous sommes toujours à la merci des prix du pétrole. »

Un appui de l’industrie

Si l’industrie n’est pas encore prête à courir le risque de changer sa recette sans disposer de preuves techniques solides de la faisabilité de l’idée, elle est quand même partie prenante de ces recherches. En ce moment, l’équipe de M. Alamdari peut compter sur l’appui de l’Université Laval et d’Alcoa. Elle vient aussi d’établir un partenariat avec la Norvège qui commence son processus de recherche.