Comme dans plusieurs sphères de la société, les femmes jouent un rôle de plus en plus important sur le plan professionnel. Le secteur des sciences de la vie ne fait pas exception, mais il reste encore du progrès à faire. Portrait.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Il faut amener un plus grand nombre de femmes à diriger des biotechs [et pour y arriver], il est important de les former afin qu’elles puissent devenir des entrepreneures en sciences de la vie », soutient Anie Perrault, directrice générale de BioQuébec, association professionnelle qui regroupe 130 entreprises en biotechnologies au Québec.

Elle constate, sur le terrain, que « de plus en plus de femmes émergent dans ce secteur spécialisé ». Mais elle aimerait voir plus de scientifiques accéder à des postes de haute direction.

Il faut que les filles, qui ont les compétences requises, soient convaincues qu’elles peuvent réussir. Comme on le fait avec les hommes, il faut les encourager à persévérer.

Anie Perrault

Détermination et volonté

Faire preuve de détermination et manifester une grande volonté de réussir. Voilà deux traits de caractère qui ont permis à la scientifique Nathalie Hébert de devenir, il y a deux ans, à l’âge de 40 ans, directrice générale des Laboratoires Charles River, à Sherbrooke.

« Je suis fière de ce que j’ai accompli et ça ne s’est pas fait sans effort ! », dit sans prétention la gestionnaire à la tête d’une équipe de 230 employés.

La détentrice d’un baccalauréat en biologie de l’Université de Montréal – employée de la filiale canadienne de la multinationale établie à Boston depuis 20 ans – constate que « beaucoup plus de femmes occupent des rôles-clés dans la gestion » depuis quelques années.

« Il semble que la tendance s’inverse et que ce ne sont plus que les hommes [qui assument ces responsabilités], observe-t-elle. C’est sans doute parce que les femmes sont plus fonceuses qu’avant ! »

Il faut comprendre que Nathalie Hébert a gravi tous les échelons avant d’être nommée directrice générale. « À mes débuts, évoque-t-elle, j’ai été embauchée comme technicienne. Je voulais travailler. »

Ses talents de « fonceuse » l’ont amenée à explorer ses talents, d’abord comme chercheuse scientifique, puis comme gestionnaire.

Mais elle ne cache pas que cela implique des choix parfois déchirants entre la carrière et la famille. « J’ai moi-même eu ma fille un peu plus tard, à 35 ans. J’ai dû faire des choix professionnels, mais j’ai assumé ma décision. C’est bien ainsi. J’ai bien cheminé dans ma carrière et j’ai une belle fille de 7 ans ! », précise-t-elle.

Convictions et innovations

Avant d’obtenir son doctorat en biochimie à l’Université d’Ottawa et de faire un stage postdoctoral à l’Imperial Cancer Research Fund de Londres, en Angleterre, Élizabeth Douville songeait à devenir médecin.

« Or, je n’ai pu faire ce choix de carrière puisque je n’avais pas d’assez bonnes notes pour mon admission ! », se souvient avec humour la scientifique à la tête d’AmorChem, un fonds d’investissement de capital de risque en amorçage permettant de démarrer de jeunes biotechs au Québec.

On devine bien que la cofondatrice du fonds d’investissement, avec son associée Inès Holzbaur, est heureuse d’avoir emprunté un autre parcours. « J’ai l’impression de rendre service à l’univers académique à travers les investissements en capital de risque », estime-t-elle.

Elle aime rappeler que, depuis 2011, la PME montréalaise d’une dizaine d’employés a investi dans 33 projets universitaires, que ce soit sur le cancer, les maladies inflammatoires ou la maladie d’Alzheimer, en plus de démarrer six biotechs.

Et que pense Élizabeth Douville de la place qu’occupent les femmes dans le secteur des sciences de la vie ? « Il ne fait aucun doute qu’elles sont là [dans le secteur universitaire et celui de la recherche], répond-elle, mais plus on monte dans les échelons supérieurs, moins c’est le cas. On les voit moins à des postes de haut niveau. »