Le monde entier attend impatiemment l’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19. Or, malgré l’accélération du processus en raison de la pandémie, il y a plusieurs étapes à réaliser avant de pouvoir crier victoire, affirme Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie du CHU de Québec-Université Laval et membre du comité-conseil de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la pandémie. Coup d’œil en cinq points.

Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Identification des molécules potentielles pour un candidat vaccin

Plusieurs molécules peuvent agir différemment en présence du virus, et le défi est de trouver le meilleur antigène pour déclencher la réponse humanitaire. Pour réaliser cette étape, on travaille avec des cellules vivantes et des animaux.

« Cette étape est allée plus rapidement que d’habitude parce que les molécules avaient déjà été identifiées avec le SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] au début des années 2000 », affirme Gary Kobinger.

Les deux virus sont de proches parents.

Essais cliniques de phases 1 à 3

La phase 1 se réalise sur moins de 100 personnes afin d’évaluer l’innocuité de différentes doses d’un candidat vaccin et sa capacité à déclencher une réponse immunitaire. La phase 2 va plus dans les détails avec un groupe de quelques centaines de personnes, tout en précisant les doses à administrer, le calendrier de vaccination et la méthode. La phase 3 se réalise sur un groupe de quelques milliers de personnes à qui le vaccin est destiné.

« Les essais cliniques ont été accélérés en permettant aux entreprises pharmaceutiques de ne pas attendre les résultats de la phase 1 avant de commencer à mettre les choses en place pour la phase 2, et c’est la même chose pour la phase 3 », explique Gary Kobinger, qui a développé avec son organisme à but non lucratif un candidat vaccin qui serait offert gratuitement. Il tente de l’amener vers l’essai clinique de phase 1.

Si le développement d’un vaccin se fait normalement en près de 15 ans, ceux contre la COVID-19 pourraient arriver après un an et demi ou deux ans de travail.

Actuellement, les recherches les plus avancées pour un vaccin contre la COVID-19 sont à la phase 3.

Approbation et homologation

Une fois les essais cliniques réussis, le dossier du vaccin est déposé à l’autorité réglementaire nationale appropriée. Ici, c’est Santé Canada. Elle évaluera l’innocuité, la qualité et l’efficacité du vaccin.

Production des vaccins

Le défi sera de taille.

On n’a pas la capacité mondiale pour produire suffisamment de doses. La population mondiale est de 8 milliards, donc même en disant qu’on en vaccinera la moitié, on parle de 4 milliards de personnes qui auront besoin de deux doses, donc 8 milliards de doses.

Gary Kobinger

« La meilleure compagnie peut produire 1 milliard de doses par année, ce qui permettrait de vacciner 500 millions de personnes si tout va bien, ajoute-t-il. Ça lui prendrait donc huit ans pour vacciner la moitié de la planète. Il faudra donc plusieurs vaccins qui seront fabriqués par plusieurs compagnies. »

Études post-commercialisation

Une fois sur le marché, l’innocuité et l’efficacité du vaccin continueront d’être étudiées. « Tout un système de surveillance se met en place pour vérifier si des gens dans la population qui s’est fait vacciner ont eu des effets secondaires rares, ou quoi que ce soit d’autre, et si c’est vraiment relié au vaccin, indique le DKobinger. On le fait pour chaque vaccin, mais beaucoup d’efforts seront investis dans cette étape pour les vaccins contre la COVID-19. »