Spécialiste des effets visuels, Real by Fake, entreprise fondée par Marc Côté, compte dans son portfolio des films comme L’aviateur, C.R.A.Z.Y, Wild, Dallas Buyers Club, Les Immortels et Café de flore. De ses bureaux à Montréal, elle n’avait aucun mal à créer la magie du cinéma, jusqu’au jour où les séries Big Little Lies et Sharp Objects se sont ajoutées à son carnet de commandes et ont changé les règles du jeu.

Julie Roy
Collaboration spéciale

« Depuis 20 ans, nous avons établi des relations avec les producteurs américains. Le travail venait jusqu’à nous, mais en 2016, nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait un pied à terre aux États-Unis », explique Marc Côté. Ce qui a changé ? Des vedettes comme Reese Witherspoon (Big Little Lies) n’ont plus envie de s’expatrier de longs mois loin de leur domicile et de leurs enfants, et lorsqu’elles le font, leurs déplacements se font à prix d’or.

Pour satisfaire ce besoin, Marc Côté et son équipe ont d’abord courtisé des partenaires, et plus particulièrement le studio Local Hero, situé à Santa Monica, dans le cœur hollywoodien. « Nous avons partagé certains contrats de production avec eux. Mon but était d’emblée d’acheter cette entreprise, mais je voulais connaître leur expertise, sonder leurs chiffres d’affaires, découvrir leurs valeurs. Ils n’avaient pas fait autant de projets d’envergure que nous, mais avaient le plus gros écran de présentation de Los Angeles. En gros, je voulais coucher avec la fiancée avant de la marier », explique avec humour l’homme d’affaires.

Un chat qui ne veut plus être échaudé

PHOTO FOURNIE PAR REAL BY FAKE

Marc Côté, de Real by Fake, avec le directeur photo Yves Bélanger

Évidemment, avant de faire le grand saut, Marc Côté s’est assuré de respecter tous les aspects juridiques et financiers d’une telle transaction. Il a embauché un avocat spécialisé et est allé chercher des partenaires financiers comme Exportation et développement Canada (EDC). Si l’homme d’affaires a pris autant de précautions, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs qui ont déjà mis son entreprise en péril.

En 2010, tout allait très bien et nous avons eu un contrat de production pour le film Piranha 3D avec Harvey Weinstein, et il a tout simplement cessé de nous payer. Nous avons découvert trop tard que c’était une personne sans scrupule qui s’amusait à mettre les entreprises en faillite. Il a fallu sept ans avant de remonter la pente.

Marc Côté

Disney, Netflix et les autres

Fort de cette expérience, Marc Côté a compris la dure loi des affaires et a appris à se faire confiance. « Lors des négociations, il ne faut pas en laisser trop sur la table. »

Son flair lui a donné raison, puisque depuis un an, le bureau hollywoodien de Real by Fake a doublé son chiffre d’affaires. « On peut maintenant faire des contrats avec Disney qui, pour des raisons fiscales, doit embaucher des Américains. Pour les autres, notre avantage, c’est que nous sommes arrivés avec des concepts différents qui permettent aux producteurs de faire des économies. »

Quand la COVID-19 met tout sur pause

Malheureusement, cette lancée fulgurante a été freinée par la pandémie actuelle. Même s’il ne regrette pas cette décision, Marc Côté remet en question son choix.

« Les productions sont reportées et tout le monde est en télétravail. Oui, le coût du pied carré à Los Angeles est astronomique et nous n’avons aucun avantage fiscal sur la masse salariale, sauf que les gens vont toujours avoir besoin d’un endroit pour les projections. Alors, on songe donc à transformer notre espace », explique l’homme, qui y voit une occasion.