Alors que l’industrie maritime a souvent du mal à composer avec la notion de protection de l’environnement, Canada Steamship Lines (CSL) a décidé d’affronter le vent de face. L’entreprise québécoise, qui fournit des services de transport et de manutention de marchandises partout sur la planète, espère utiliser uniquement du biocarburant dans sa flotte canadienne en 2021.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Selon le président de CSL, qui possède des bureaux au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Asie et en Océanie, il s’agit d’une révolution. « On est très excités par ce projet, dit Louis Martel. Imaginez si l’industrie maritime canadienne pouvait atteindre ses objectifs de réduction de CO2 bien avant 2030. Ce serait une belle histoire pour nous, notre pays et notre industrie ! »

Pour ce faire, l’entreprise procède par étapes. « Présentement, deux de nos navires testent du carburant bio 100, et ça se passe bien. » Lorsque l’entreprise voudra faire la transition avec le reste de sa flotte, elle devra utiliser une moitié de carburant traditionnel et une moitié de biocarburant, avant de changer les proportions pour du 20-80, puis 100 % de biocarburant.

On doit aussi régler les questions d’approvisionnement et s’assurer de fixer des coûts acceptables pour tout le monde. Le biocarburant est un peu plus cher.

Louis Martel, président de CSL

Naviguer vers la modernité

Il y a trois ans, l’entreprise a également entrepris la création d’une plateforme numérique d’optimisation opérationnelle baptisée O2. Grâce à cette dernière, d’innombrables informations partent des bateaux en temps réel vers un système informatique, afin d’améliorer les opérations sur trois volets :

Sécurité et conformité : un bateau peut, par exemple, être avisé qu’il vient d’atteindre une zone où il a l’obligation d’avancer à une vitesse de 10 nœuds pour protéger les mammifères marins.

Maintenance : l’équipage saura beaucoup mieux quand entretenir et changer les pièces d’équipement.

Optimisation des voyages : en fonction des éléments de la météo, comme les vents et les courants, le capitaine peut se voir conseiller par la plateforme O2 de s’éloigner de la côte ou de prendre certains corridors pour avoir moins de résistance, et ainsi économiser du carburant.

Opérationnel depuis deux ans, le système est peu à peu installé sur les bateaux de CSL. « On est en train de distribuer O2 sur notre flotte canadienne et internationale », dit le président de l’entreprise dont le siège social est à Montréal et qui emploie plus de 1500 personnes à travers le monde. « La COVID nous a retardés d’environ six mois, mais on prévoit avoir terminé en 2021. »

D’ici à 2030, CSL a comme objectif de réduire ses rejets de CO2 de 35 % par rapport à ses émissions de 2005, en plus de diminuer de 95 % l’utilisation du soufre dans son carburant par rapport à 2010. Elle souhaite également maximiser le recyclage et minimiser la production de déchets sur ses bateaux. « Dans certaines industries, tout le monde embarque pour protéger l’environnement. Mais, dans l’industrie maritime, c’est rare qu’une entreprise produise un plan de développement durable aussi spécifique et transparent, en rapportant ses bons et ses mauvais coups dans le processus. »

Aujourd’hui considérée comme une entreprise de taille moyenne, Canada Steamship Lines est néanmoins un leader mondial en possédant 47 navires autodéchargeurs, soit le quart des bateaux du genre dans le monde.

CSL en quatre époques

1913

Bien que les débuts de CSL remontent à 1845 avec un vapeur à aubes sur la rivière Richelieu, c’est en 1913 que l’entreprise s’est déployée avec la fusion de 11 compagnies de navigation. Un véritable tournant dans l’industrie des transports maritimes. « Avant, chacun avait son bateau et faisait son trajet, explique le PDG de l’entreprise Louis Martel. Après la fusion, CSL a profité d’un système de gestion des horaires et des opérations plus optimal. C’était le début de la création des compagnies maritimes de gestion de cargos. »

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Martel, président de Canada Steamship Lines

1930-1950

Avec ses embarcations de bois sur le fleuve Saint-Laurent, le lac Érié et le lac Ontario, CSL a pris de l’expansion dans le domaine des bateaux de passagers. L’entreprise possédait même des autobus et des hôtels, comme le Manoir Richelieu et l’Hôtel Tadoussac. « Les gens embarquaient à Montréal, naviguaient jusqu’à Tadoussac, dormaient au Manoir Richelieu et revenaient en autobus. » L’industrie des bateaux de passagers a toutefois chuté après un gros feu à Toronto, qui a fait mal à la compagnie.

1959

L’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent a changé le visage de l’industrie canadienne du transport maritime. « Sur l’ancienne voie maritime, la largeur de nos bateaux était conçue en fonction de la largeur du canal de Lachine. Durant les années 1960 et 1970, on a connu un gros boom de construction de bateaux plus gros et plus efficaces. » Avant-gardiste, CSL a acheté les chantiers qui construisaient les bateaux. « Un jour, on possédait cinq chantiers navals, donc celui de la Davie à Québec. »

Années 1980

Après avoir acheté Canada Steamship Lines avec Laurence Pathy en 1981, le futur premier ministre du Canada, Paul Martin, a mené l’entreprise à un niveau international. « À la fin des années 1980 et durant les années 1990, la compagnie exploitait des bateaux autodéchargeurs sur les côtes est et ouest américaines, ainsi qu’en Europe. » Devenu l’unique propriétaire de CSL en 1989, Paul Martin a transmis la gestion de la compagnie à ses fils, Paul, David et James, en 2003.