Alors que la pandémie et le télétravail sont en train de remettre en question notre rapport à la ville et aux déplacements, les architectes, architectes paysagistes, urbanistes et designers industriels ont de bonnes chances d’être très demandés dans les prochaines années.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

« Des plexiglas pour séparer les gens à l’avenir au centre-ville de Montréal : il y aura beaucoup de défis à relever pour les professions du domaine de l’aménagement et, comme ces tâches demandent beaucoup d’imagination et de créativité, on ne pourra pas facilement les automatiser », indique d’emblée Raphaël Fischler, doyen de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal.

Si les questions de santé publique sont liées depuis toujours à l’aménagement des villes, de la construction des égouts à celle de voies pour le transport actif, la pandémie fait surgir de nouveaux enjeux.

Il faut des aménagements qui tiennent compte du stress occasionné par le confinement, il faut des espaces qui favorisent la participation citoyenne, il faut verdir les quartiers et trouver des façons de lutter contre les déserts alimentaires avec des espaces pour les jardins communautaires, des serres sur les toits, etc.

Raphaël Fischler

Pour travailler sur des enjeux aussi larges, les professionnels de l’aménagement font éclater les silos.

« Avant, un urbaniste, par exemple, pouvait travailler sur la protection de la zone agricole, mais maintenant, il peut aller plus loin en travaillant aussi sur des aménagements pour permettre l’agriculture urbaine », explique Raphaël Fischler.

Des professeurs qui font évoluer le contenu

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Raphaël Fischler, doyen de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal

Si le monde de l’aménagement connaît de grandes transformations, on y voit peu de changements dans les programmes. La raison est simple : les programmes en architecture et en urbanisme doivent obtenir un agrément professionnel pour permettre aux finissants d’obtenir leur titre. « Il y a un souci de maintenir l’identité de la profession et de protéger le public, alors on ne peut pas adapter les programmes très vite », affirme Raphaël Fischler.

Par contre, les intérêts et projets de recherche des professeurs se diversifient. Par exemple, ils peuvent toucher à l’utilisation de la végétation pour réduire les risques d’inondation, ou à des façons de repenser la ville pour mieux l’adapter aux besoins des aînés.

Évidemment, lorsque vient le temps d’embaucher de nouveaux professeurs, une réflexion se fait pour cibler des expertises émergentes. Par exemple, l’Université de Montréal a réussi récemment à attirer de Roumanie le professeur Andrei Nejur, qui se spécialise dans la modélisation de structures en architecture pour anticiper leur comportement.

« En parallèle, il s’intéresse aussi aux prothèses humaines qui, comme les structures architecturales, doivent avoir le bon équilibre entre la légèreté, la souplesse et la rigidité, explique Raphaël Fischler. C’est un bel exemple des silos qui sont en train de tomber. »

De plus, pour relever les défis actuels, les professionnels travaillent maintenant en pluridisciplinarité. « Par exemple, pour repenser le centre-ville de Montréal, il faut tenir compte du volet commercial et communautaire avec des urbanistes, des architectes, des architectes paysagistes et des designers. Le Quartier des spectacles est l’intersection entre le culturel, l’animation publique, le design urbain et le social avec la question des sans-abri. Les enjeux sont très complexes et plusieurs professionnels doivent travailler ensemble pour trouver des solutions pour améliorer le bien-être dans les quartiers. »