On parle beaucoup de l’intelligence artificielle qui révolutionne le monde du travail. Or, pandémie aidant, on constate que les qualités humaines demeurent essentielles. Les professionnels particulièrement recherchés dans 10 ans ont donc de bonnes chances d’être des gens avec de fortes compétences transversales capables de tirer profit de la machine.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

« Comme la nature du travail évolue rapidement, les compétences comme la capacité à résoudre des problèmes complexes, l’esprit critique, la créativité, l’intelligence émotionnelle et la capacité à prendre des décisions fondées sur l’analyse de données primeront sur les diplômes », affirme Nadia Bhuiyan, vice-rectrice adjointe aux partenariats et à l’apprentissage expérientiel à l’Université Concordia.

Bien sûr, les professionnels dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité sont déjà très recherchés, et la demande augmentera encore.

« Mais ce ne sont pas que des professions techniques, nuance Mme Bhuiyan. Pour cette raison, en plus d’aborder les mégadonnées, l’apprentissage automatique et les objets connectés, les programmes de l’École de génie et d’informatique Gina-Cody se penchent entre autres sur l’éthique. »

Concordia utilise aussi beaucoup l’apprentissage expérientiel pour amener ses étudiants à développer leurs compétences transversales. « En acquérant une expérience pratique dans un contexte de vie réelle où ils appliquent la théorie apprise en classe, les étudiants peuvent développer des compétences-clés qui les aideront à s’adapter au marché du travail », explique Nadia Bhuiyan.

Les données et l’expérience

En commerce de détail, il faut aussi savoir doser entre « la logique et la magie », aux yeux de Charles de Brabant, directeur de l’école Bensadoun de commerce au détail de la faculté Desautels de gestion de l’Université McGill.

Pour qu’un commerce fonctionne, tout n’est pas dans les données. L’expérience est aussi importante. Mais il reste que les données sont au centre de toute une expertise en marketing qui sera très recherchée dans les années à venir.

Charles de Brabant, directeur de l’école Bensadoun de commerce au détail de l’Université McGill

Charles de Brabant explique que cette tendance a commencé avec le commerce en ligne. « Mais de plus en plus, des caméras et des capteurs sont installés en magasin et permettent d’obtenir des données très fiables pour faire un marketing beaucoup plus pointu. »

L’école Bensadoun lancera d’ailleurs l’an prochain une maîtrise en gestion dans le commerce de détail avec une grande composante en données. On y abordera aussi les défis de gestion de la chaîne logistique alors que les entreprises gèrent de façon de plus en plus intégrée les achats en ligne et en magasin.

Gestionnaires humains

Si les gestionnaires voient aussi leur travail bousculé par les technologies, ils doivent de plus en plus développer leurs qualités humaines et leurs compétences en gestion des talents, d’après Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l’École des sciences de l’administration de la TELUQ.

Deux programmes courts et un diplôme d’études supérieures spécialisées en gestion des ressources humaines ont d’ailleurs été proposés ces dernières années, et une maîtrise sera lancée prochainement. On y aborde bien sûr les enjeux de l’heure en conciliation travail-famille et en gestion du télétravail.

« Même si les bonnes écoles de gestion recommandaient déjà d’aller vers une gestion par objectifs et résultats, cela reste un défi pour de nombreux gestionnaires, affirme Mme Tremblay. Aussi, plusieurs étaient réfractaires au télétravail. La crise a amené un nouveau regard sur ces éléments. Le télétravail fonctionne finalement assez bien, mais les gestionnaires doivent être très humains pour s’assurer de rester en lien avec leurs employés et les garder motivés. »