Pénurie criante d’enseignants dans l’île de Montréal, virage brusque vers l’enseignement à distance : le monde de l’éducation est mis à rude épreuve depuis plusieurs mois. Henri Boudreault, vice-doyen à la faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM, s’est rapidement relevé les manches pour tenter de répondre à ces besoins.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

« La fonction d’enseignant évolue énormément et on l’a bien vu avec l’enseignement à distance », affirme Henri Boudreault, qui a été enseignant et conseiller pédagogique en formation professionnelle pendant 26 ans avant de devenir professeur à l’UQAM en 2004.

L’enseignant ne peut s’en tenir à partager un simple document à l’écran. « On n’a pas besoin d’un prof pour transmettre l’information, mais pour faire apprendre cette information, explique-t-il. Plusieurs enseignants sont démunis par rapport aux moyens qu’ils peuvent prendre pour faciliter cet apprentissage. »

L’UQAM a donc rapidement développé des formations sur l’enseignement à distance et les a offertes dès l’été dernier.

Pour maintenir l’attention de ses étudiants en ligne, l’enseignant doit utiliser la pédagogie et être très organisé en termes de contenus.

Henri Boudreault, vice-doyen à la faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM

Si, bien sûr, tout ne s’enseignera pas toujours à distance, il est fort probable qu’une portion de l’enseignement en ligne demeure.

« Actuellement, les futurs enseignants sont formés pour utiliser la technologie dans une classe, mais pas pour monter des cours complètement à distance, précise-t-il. Il faudra maintenant faire une prise de conscience et voir comment modifier la formation des enseignants pour que leurs habiletés technologiques soient à la mesure des objectifs et des tâches qu’on leur assignera. »

Contrer la pénurie avec un baccalauréat à temps partiel

L’UQAM a aussi été interpellée en 2018 par les commissions scolaires de l’île de Montréal à propos de la pénurie d’enseignants. Pour remédier rapidement à la situation, elles faisaient de plus en plus appel à des enseignants non légalement qualifiés.

« Nous avons voulu offrir de la formation à ces enseignants en exercice pour les qualifier rapidement, raconte Henri Boudreault. Dès l’été 2019, nous avons commencé à offrir des cours pour ces gens qui voulaient commencer une formation qui mène à un brevet d’enseignement. »

Ensuite, il a fallu changer les modalités du programme de baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire pour qu’il puisse être suivi à temps partiel, de soir et de fin de semaine, de façon à ce que les enseignants puissent étudier tout en travaillant.

Alors que nos étudiants à temps plein sont aussi très sollicités pour faire de la suppléance en raison de la pénurie, certains pourront aussi décider de continuer leurs études à temps partiel.

Henri Boudreault, vice-doyen à la faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM

Pas moins de 150 enseignants non qualifiés se sont inscrits à ce baccalauréat à temps partiel offert pour la première fois cet automne. Même si l’initiative semble venir répondre au besoin, Henri Boudreault est d’avis qu’il faudra tout de même travailler à revaloriser la profession.

« On a passé des années à mépriser les enseignants avec leurs deux mois de vacances l’été, souligne-t-il. L’attractivité a diminué et on n’arrive plus à répondre à la demande. La profession est difficile. L’enseignant doit s’adapter constamment à la situation et à l’état des étudiants. Enseigner n’est pas un long fleuve tranquille, mais c’est gratifiant. Personnellement, après 40 ans de métier, je suis aussi stimulé que lors de ma première journée d’enseignement. »