C’est lorsqu’elle dirigeait un CLSC que Pauline Marois a senti le besoin de s’inscrire dans un programme de MBA afin d’améliorer ses connaissances en matière de budget, de contrôle des dépenses et de planification stratégique. Des compétences qui lui ont été fort utiles lorsqu’elle a multiplié les postes de ministre avant de devenir, en 2012, la première première ministre du Québec.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

« Comme femme, on a toujours le maudit problème de confiance en nous et je ne suis pas différente des autres, alors j’aurais eu beaucoup moins d’assurance si je n’avais pas été capable de bien comprendre tous les enjeux des dossiers pour lesquels je devais prendre des décisions », raconte Pauline Marois.

En plus d’avoir appris énormément d’aspects techniques dans son MBA, notamment comment faire un bilan et quels sont les outils des investisseurs, elle y a approfondi ses compétences en analyse stratégique et en gestion de personnel.

« Puis, j’ai suivi le cours de Jacques Parizeau qui abordait l’économie du Québec et l’intervention des gouvernements dans l’économie : ç’a été une mine d’or pour moi », se souvient l’ancienne première ministre du Québec, qui sort mardi prochain sa biographie Pauline Marois – Au-delà du pouvoir.

C’est en 1976, à HEC Montréal, que Pauline Marois a obtenu son MBA. Comme travailleuse sociale de 27 ans, elle détonnait dans le groupe composé à 90 % d’hommes, souvent économistes ou ingénieurs. Rapidement, elle a fait sa place.

Je n’ai pas senti de mépris de mes camarades masculins, mais ils pouvaient se moquer un peu de nous, les femmes, parce que nous arrivions souvent avec des positions plus nuancées. Les gars étaient un peu baveux, mais comme femme, on savait dans quel univers on était et on faisait la bataille, un peu comme je l’ai fait en politique.

Pauline Marois

Gravir les échelons

Avec son MBA en poche, elle est retournée travailler comme gestionnaire dans le domaine des services sociaux, puis un collègue du MBA lui a offert en 1978 de devenir l’attachée de presse de leur ancien professeur, Jacques Parizeau, devenu ministre des Finances dans le gouvernement de René Lévesque. Alors que ce poste demande qu’on soit complètement à la merci de l’agenda du ministre, Pauline Marois était habituée de diriger de grandes organisations et de prendre des décisions. Elle a quitté le cabinet après quelques mois.

Pauline Marois ne voulait pas revenir en politique, mais Lise Payette, alors ministre de la Condition féminine, lui a demandé d’être sa chef de cabinet. C’est Claude Blanchet, mari de Pauline Marois, qui l’a convaincue d’accepter le poste en lui disant qu’elle voulait travailler pour l’indépendance du Québec, que Mme Payette était une ministre influente et que le poste était différent de celui d’attachée de presse parce qu’elle aurait à faire de la gestion stratégique.

Le reste fait partie de l’histoire, Lise Payette ne s’est pas représentée aux élections de 1981 et le Parti québécois cherchait des femmes candidates. Pauline Marois s’est laissé convaincre de faire le saut même si la vie politique est très « cruelle ». Elle a été élue, est devenue ministre de la Condition féminine et a accouché de son deuxième enfant 11 jours après les élections. Trente et un ans plus tard, elle est devenue première ministre du Québec.

Malgré les défis de la vie politique, Pauline Marois a une chose à dire à la relève : « Si tu as vraiment envie de changer le monde, l’outil le plus puissant, c’est l’action politique, affirme celle qui a créé notamment les CPE. C’est très satisfaisant de voir que les décisions que tu prends font une différence dans la vie des gens. »