Les « onze prochains », appelés Next Eleven ou N-11 en anglais, sont unensemble de pays qui devraient compter parmi les plus importantes économies de la planète au cours du présent siècle. Ensemble, le Bangladesh, la Corée du Sud, l'Égypte, l'Indonésie, l'Iran, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et le Viêtnam représentent déjà 7% du PIB mondial. Les entreprises d'ici peuventelles en profiter ?

Mis à jour le 18 oct. 2012
Stéphane Champagne, collaboration spéciale LA PRESSE

Même si leur situation économique est aux antipodes, la Corée du Sud et le Viêtnam sont des champions de la croissance. Mai Thi Thanh Thai, professeure adjointe au Service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal, nous explique pourquoi le Canada doit s'intéresser davantage à ces deux pays de l'Asie-Pacifique.

Q Quelle est la situation économique actuelle de la Corée du Sud et du Viêtnam?

RLe Canada est en train de négocier un accord de libre-échange avec la Corée, qui est notre 7e partenaire commercial. La Corée connaît une croissance de 4% de son PIB. Toutefois, l'inflation y est élevée, à 4%. Aussi, son conflit avec la Corée du Nord monopolise beaucoup de temps et d'énergie. Quant au Viêtnam, l'inflation y est la plus élevée d'Asie, à près de 20%. Il y a une grave crise dans le secteur bancaire. Les coûts de production autrefois bas, et donc attrayants, ont augmenté. Les investissements étrangers y ont diminué de 35% depuis 2010. Toutefois, les travailleurs y sont éduqués et parlent bien l'anglais. Ça demeure un endroit très intéressant. La moitié de la population a moins de 25 ans. Ceux-ci demeurent chez leurs parents et disposent de plus d'argent. On assiste à une augmentation du revenu de la classe moyenne.

Q Comment les entreprises québécoises et canadiennes peuvent-elles tirer profit de ces deux économies?

R Les possibilités y sont différentes. Au Viêt Nam, le marché de l'éducation est en ébullition. Les jeunes ont soif d'apprendre. Et ils font confiance à tout ce qui vient du Canada. Les entreprises canadiennes qui veulent s'installer au Viêtnam doivent avoir une vision à long terme. La loyauté des travailleurs envers un employeur est grande quand ils font confiance à l'entreprise qui les embauche. Ce sont de bons partenaires pour les impartitions dans le secteur des TI. Des négociations concernant l'Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) sont en cours entre le Canada et le Viêtnam. Pour ce qui est de la Corée, le Canada lui vend beaucoup de ressources naturelles. Mais le grand avantage pour le Canada serait d'attirer des entreprises coréennes chez lui. Les Coréens cherchent à implanter des usines à l'étranger. Un accord de libre-échange entre les deux pays serait bénéfique. Finalement, les Canadiens devraient apprendre à connaître le rôle des «chaebols» (les entreprises coréennes qui collaborent entre elles) et s'assurer d'être introduits par des partenaires qui ont une bonne réputation en Corée.

Q Inclure ces pays si différents l'un de l'autre dans le palmarès des N-11 est-il réaliste?

R Il faut comprendre pourquoi ils sont sur cette liste. Les critères de sélection des N-11 sont la croissance de la population, de même que la stabilité macroéconomique et politique. L'ouverture au commerce international et la volonté d'accueillir des investissements ou des entreprises étrangères en font également partie. La croissance du PIB n'est pas à mon avis un critère absolu.