Quand on entend PME, on comprend petites entreprises. Mais dans PME, il y a aussi moyennes. Quelles sont-elles ? Comment le deviennent-elles ? Quels sont leurs défis ? La Presse présente le cinquième sujet d'une série de neuf parutions sur ces méconnues.

Marc Tison LA PRESSE

"Bonjour maman!" Les deux enfants, de retour à la maison, saluent leur mère au passage.

Maman (Marie Gosselin pour les autres), qui travaille à domicile aujourd'hui, est aussi présidente des Serres du St-Laurent. L'établissement est mieux connu sous le nom de son produit vedette, la tomate Savoura.

Cette tomate est une célébrité - c'est là peut-être la réalisation dont Marie Gosselin est le plus fier. «Réussir à identifier un fruit ou un légume par son nom, il n'y en a pas beaucoup qui ont réussi ça.»

En 1989, fraîchement diplômée en agroéconomie, elle avait été engagée comme directrice des ventes et du marketing par les Serres du St-Laurent. La nouvelle entreprise, fondée par son père et deux autres partenaires, construisait alors sa première serre, à Portneuf. Aussitôt, Marie Gosselin a mené tambour battant une étude de marché qui a orienté la mission de l'entreprise: produire des tomates savoureuses.

D'où Savoura.

Depuis, les tomates, les serres et Marie Gosselin sont toutes allées croissant. En 2008, elle a pris le relais de Jacques Gosselin (aucune parenté) à la tête de l'entreprise.

Au fil des ans, Savoura a racheté quatre compétiteurs, a construit ou agrandi deux autres serres, pour occuper 60% du marché québécois. Après avoir étendu son marché au nord-est des États-Unis, l'entreprise a lancé la construction d'une serre au Mexique pour desservir les états du Sud.

Ses 300 employés québécois produisent 110 tonnes de tomates par semaine!

«La plus grande difficulté, c'est l'augmentation de la compétitivité du marché, constate Marie Gosselin. Il faut trouver le moyen de produire à moindre coût.»

Comment augmenter la productivité, face à des concurrents mexicains et ontariens mieux servis par leur climat?

«Il est difficile de mécaniser la production de tomates parce qu'on travaille avec du vivant, observe-t-elle. Il y a beaucoup de travail manuel dans les serres.»

La plus simple manière de réduire cette part de main-d'oeuvre consisterait à cultiver une variété de tomate plus résistante. Malheureusement, la résistance s'oppose à la saveur.

La mécanisation trouve tout de même sa place dans les opérations d'emballage. Les variétés semblables - tomates en grappes, tomates cerises - sont concentrées dans les mêmes serres, pour simplifier le conditionnement et faciliter son automatisation.

Autre problème québécois: «Il faut de l'éclairage artificiel, indique Marie Gosselin. En hiver, les journées sont trop courtes.» Innovatrice, Savoura a longtemps eu la plus grande serre éclairée au monde.

Afin de tirer profit de la moindre lueur solaire, les nouvelles serres, comme des cathédrales gothiques, réduisent la structure au minimum pour accroître la proportion de transparence.

L'entreprise mène également un projet de recherche avec GE Éclairage et l'Université McGill pour développer un luminaire DEL qui réduirait la consommation d'énergie sans affecter la croissance dans les serres. «On est en train d'analyser quelle longueur d'onde fait bien pousser les plants de tomates, pour leur donner plus de cette longueur d'onde», explique la dirigeante.

On est loin du fumier.