Achetez la chanson. Arrêtez le virus.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Achetez la chanson. Arrêtez le virus. Deux petites phrases de rien du tout qui mènent tout droit à une promesse et à un slogan: celui lancé cette semaine à tous les gens de bonne volonté par le chanteur et militant millionnaire Sir Bob Geldof.

Convaincu que l'Ebola est LA cause de l'heure, Geldof a décidé de passer aux actes et de faire appel à notre générosité. Pour y répondre, il suffit d'aller sur iTunes acheter la nouvelle version de Do They Know It's Christmas?, enregistrée à Londres le 15 novembre avec les stars de l'heure: le groupe One Direction, Emeli Sandé, Ellie Goulding, Sam Smith et aussi quelques membres de la royauté musicale comme Bono, Sinéad O'Connor et Chris Martin de Coldplay.

Presque personne ne manquait à cette séance d'enregistrement, sauf la chanteuse Adele, qui a préféré rester chez elle pour allaiter son petit ou touiller sa sauce à spaghetti. Elle en a aussitôt payé le prix en se faisant vertement réprimander en public par Geldof. «Elle ne répond pas au téléphone, elle n'écrit pas, elle ne veut pas être dérangée», fulminait Geldof.

L'ennui, c'est qu'au lieu d'aller s'égosiller en studio, Adèle a préféré faire un don privé à Oxfam. Mais de toute évidence, un tel geste ne suffit pas pour les sauveurs à la sauce Geldof. Pour les satisfaire, il faut se pointer sur le tapis rouge à la porte du studio et faire preuve d'une générosité aussi publique qu'ostentatoire.

Achetez la chanson. Arrêtez le virus. Voilà ce que nous promet Geldof, si on obéit à ses ordres. Il nous demande de sauver l'Afrique aux prises avec l'Ebola, mais ce qu'il nous demande surtout, c'est de l'aider à redevenir un héros comme en 1985. Cette année-là, avec exactement la même chanson et une série de concerts qui ont rapporté 300 millions, Geldof a aidé l'Éthiopie à rembourser sa dette à l'Occident et, à terme, enrayer la famine qui décimait ses habitants.

Mais tout ça, c'était il y a 30 ans, à une époque où l'argent finissait parfois par se rendre à destination et où le désabusement à l'égard des bonnes causes et des stars qui les adoptent comme des marques de chaussures de sport n'était pas aussi développé qu'aujourd'hui. De nos jours, il est difficile de croire à la sincérité d'une bande de millionnaires qui voyagent en jet privé, placent leurs millions dans des paradis fiscaux et prennent quelques heures de leur horaire hyper chargé pour faire la charité.

À ce sujet, une journaliste du Telegraph de Londres demandait pourquoi c'est toujours à nous, pauvres mortels, de vider nos poches, pendant que ces messieurs dames du star système se contentent de donner leur temps, qui, apparemment, est plus précieux que le nôtre.

Qu'est-ce qui, au juste, les dispense de donner généreusement (et on ne parle pas ici d'une chanson), alors qu'ils ont plus que les moyens de le faire? Et puis, pourquoi serait-ce toujours à eux de choisir la cause que le commun des mortels doit impérativement faire sienne?

Il est vrai que ce qui se passe avec l'Ebola est grave. Mais ce qui se passe en Syrie ou en Ukraine l'est autant. Quant à l'Afrique, Geldof et ses amis laissent entendre que c'est pratiquement tout l'ouest du continent africain qui est en train de s'effondrer sous l'Ebola, alors que le gros des cas se retrouve dans trois pays: la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Des pays, en passant, où il y a une majorité de chrétiens qui savent pertinemment que Noël existe, même si la chanson prétend le contraire.

Achetez une chanson. Arrêtez le virus. Comme tout cela semble simple. Comme tout cela est en réalité absurde et prétentieux. Et pourtant, selon les premiers rapports de vente, Do They Know It's Christmas? version 2014 cartonne. Vingt-quatre heures après sa mise en ligne, la chanson avait rapporté environ 200 000$ et se classait au sommet du palmarès iTunes. L'approche de Noël et le fait que la chanson ne coûte que 1,29$ expliquent sans doute son succès. Mais ne soyons pas dupes. On peut bien acheter tout ce que l'on veut. Mais de grâce, qu'on reste conscient que pour arrêter un virus, sauver l'Afrique ou le monde, il faut plus qu'une chanson.

On en a beaucoup parlé

Des recettes pompettes d'Éric Salvail et de la réaction proprette d'Éduc'alcool. Bien sûr que la modération a bien meilleur goût. Mais à force de nous pousser à la modération et à la culpabilité, Éduc'alcool nous donne encore plus envie de regarder les recettes pompettes de Salvail. Après tout, si on n'a plus le droit de boire, qu'on ait au moins le droit de regarder les autres à la télé le faire à notre place.

On n'en parle pas assez

De Raif Badawi, puni pour avoir créé un forum de discussion sur les questions religieuses et sociales. En septembre, il a été condamné à 10 ans de prison, à 300 000$ d'amende et à mille coups de fouet. Sa femme et ses enfants sont réfugiés à Sherbrooke pendant qu'il croupit dans une prison en Arabie saoudite, le pays où notre premier ministre Philippe Couillard a déjà travaillé et fait fortune. Pour plus d'infos: Livres comme l'air au Salon du livre de Montréal

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer